peppermintcandyA la manière du Ozon de 5x2, et avec la même efficacité, Lee Chang-Dong tente de raconter le désastre d'une vie en commençant par sa fin : le suicide du héros. Dès la première séquence, on voit donc notre brave type se jeter sous un train, puis le film va remonter, de jours en jours, d'années en années, à la source de ce malheur, aux commencement de ce ratage. Et ce qui pourrait passer pour un gadget insupportable prend vraiment un sens étonnant, et les émotions en ressortent chargées, encore plus fortes, grâce à cette idée somme toute très simple.

Ambitieux, Peppermint Candy ne se contente pas de raconter la simple histoire de ce pauvre type ; il profite de sa construction savante pour dresser un portrait violent et désespéré de la Corée toute entière. Elle apparaît, à peppermintcandy5travers les anecdotes qui jalonnent la vie du héros, comme abandonnée totalement à la violence, aux humiliations, et au renoncement. L'innocence première (la dernière scène donc, qui voit Yongho regarder des fleurs sauvages en rêvassant de sa dulcinée) sera vite anéantie sous l'idiotie de l'armée, sous la violence des méthodes policières, sous la trivialité de la vie de couple, et sous la vulgarité des rapports marchands contemporains. Triste constatation, effectivement, et qui dépassent assez nettement le simple cadre de la Corée pour devenir peu à peu universels. On se sent pris dans cette fatalité mortelle, d'autant que la construction déjà citée accentue encore cette sensation d'impuissance. Yongho, abruti par la violence de son pays et les multiples frustrations qu'il endure, passe du statut de victime à celui de bourreau sans pouvoir arrêter ce mouvement, et on se sent pris avec lui dans la spirale.

peppermintcandy2La mise en scène est très belle, constituée de longs plans qui font la part belle aux sentiments, et jalonnée de plans sur des rails filmés à rebours, à l'envers. La direction d'acteurs est tout aussi impeccable, ce comédien (Sul Kyung-Goo) est aussi convaincant en jeune garçon brisé par ses supérieurs qu'en tortionnaire sans pitié. Violent et implacable, Peppermint Candy est un très bon moment d'inteligence, malgré quelques symboles un peu pesants, et deux-trois longueurs.