Voilà du pointu et du nécessaire avec ce petit joyau de l'expressionnisme allemand. Le Golem, le personnage, est un mélange de Chantal Goya pour la coiffure - mais avec une perruque en marbre -, d'une drag-queen pour les chaussures - des talons de ouf -, et d'un con de mime au niveau de l'expression. Utile quand on lui demande de faire le bon geste au bon moment, abruti et calme quand on lui donne une rose ou quand il voit un gamin, super vénère quand Uranus rentre dans le décan, le Golem est franchement un monstre bien fendard.

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Pas de bol pour cette communauté juive qui joue définitivement de malchance quand le prince leur demande de se barrer - bon déjà le Christ, c'est eux, de plus, niveau jours fériés, ils respectent rien et je parle pas de la magie noire où ils sont là franchement super forts : bref on les aime po. Le rabbin Loew tente d'intercéder auprès du prince (il lui a quand même refilé deux super tuyaux pour parier sur des matchs de foot, nan, sur des dangers, par le passé) qui finalement l'invite à la fête des Roses, genre de party un peu underground. Comme le Rabbin a deux minutes devant lui, il crée le Golem, un truc en argile qui marche avec une étoile et un message magique que tu mets dans le bide. Le plus dur c'est de faire venir l'esprit qui est censé dire le fameux mot (il faut une bonne configuration des étoiles, ça tombe bien): notre homme trace un cercle de feu par terre, il y a de la fumée partout, et pis un masque arrive dans l'air (son assistant pas costaud se fait pipi dessus avant de s'évanouir) et dit le mot magique, je vous le donne si jamais vous avez besoin d'un Golem: "aemaet" (enfin en gros). Bref, pendant que sa fille Myriam fricote avec le messager du roi (elle est chaude golem2comme la braise la donzelle), notre rabbin part en mission au palais: le Golem impressionne même s'il n'a pas une tête à avoir inventé la farine. Il se dépasse ensuite dans la magie en faisant apparaître un véritable écran de cinéma (ça c'est de la mise en abyme mon frère) avec plein de juifs qui marchent dans le désert et le juif errant himself avec une barbe de deux mètres; il avait eu beau prévenir la cour de ne pas se marrer, celle-ci se fend la pipe et le juif errant qui a moins d'humour que d'ampoules jette un sort terrible : le toit du palais s'écroule petit à petit; le prince promet carte blanche au rabbin s'il le sort de ce mauvais sort, et le Golem de te soutenir le toit avec une facilité déconcertante... Tout le monde est content, on rentre chez soi, mais Uranus (ah non mon Dieu) fait son apparition, et le rabbin a tout juste le temps de retirer l'étoile au Golem avant que, tel un lapin se vengeant d'un chasseur, il massacre son maître. Pfiou... Malheureusement ce con d'assistant, amoureux de Myriam, va remettre le Golem en marche pour se venger du messager: ce dernier fera un vol plané du haut d'une tour fatale, le Golem mettra le feu dans le ptit village, mais heureusement le rabbin a un sortilège contre le feu (mieux que Gandalf le type) et une chtite fille blonde qui attendrit le Golem lui piquera son étoile pour mettre fin à cette aventure.

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Bon c'est assez palpitant pour un film de l'époque - ah si quand même - avec plein de couleurs monochromes forcément et des décors magistraux, notamment pour le village juif avec ses petites ruelles toutes emberlificotées. Le Golem dès qu'il ouvre les yeux nous fait marrer - il peut tout de même servir à couper du bois, à tirer l'eau du puits, à faire les courses et même à activer le feu, encore faut-il l'arrêter avant de faire n'importe quoi - et sa démarche toute bonhomme et endimanchée est digne d'un vrai monstre ridicule; dommage simplement qu'il ne fasse pas de bruit mais dans les films muets on est souvent déçus. Les acteurs jouent tous comme si c'était leurs derniers instants - ah l'emphase expressionniste, mieux que La Môme - et les scènes de foules sont résolument impressionnantes. Apparemment le meilleur de la série des Golem, n'hésitez point à y jeter un œil.