Catherine Hessling cesse d'en faire des tonnes dans ce rôle de pauvre chtite fille effarouchée et c'est pas plus mal. Sous le coup d'hallucinations, elle se retrouve dans un magasin de jouets auprès d'automates géants mais la séquence la plus impressionnante reste  cette course de chevaux où elle est véritablement prise en chasse par la mort. Cette dernière finit par la "rattraper" et elle finira étalée bien tristement auprès d'un arbre tout sec; on a droit ensuite à un plan en accéléré sur des roses blanches qui éclosent puis se ferment de toute beauté ("Rose elle vécut le temps que vivent les roses, l'espace d'un instant" - mouais ça m'est revenu tout d'un coup ce truc...). Les séquences initiales sous la neige -avec notamment la maquette de la cabane -  peuvent faire également penser à celles de Citizen Kane pour un peu qu'on voudrait chercher à faire des parallèles...   (Shang - 28/06/07)


petite_marchandeMon éminent collègue est passé ce me semble un peu vite sur ce joli film pour enfants qui se termine mal, ce qui est plutôt réjouissant (on n'ose penser à une fin imaginée par Disney). Oui, certes, la poursuite à cheval finale vaut son pesant d'allumettes, on se croirait dans un Bergman qui se serait accouplé avec Mellies, et c'est assurément un des sommets du film dans la veine "onirique" d'icelui. Renoir, on le sait depuis La Fille de l'Eau, aime les trucages, et s'en sert encore une fois à merveille pour décrire le rêve de la pov'ch'tite jeune fille : surimpressions, flous, ralentis, accélérés, fondus, il s'amuse comme un fou avec les boutons de sa caméra, et la redécouverte de l'enfance passe d'abord par le réalisateur lui-même, qui redécouvre en quelque sorte la magie du cinéma, comme un débutant, comme un gosse.

Mais ailleurs que dans ces scènes rigolotes de rêve, ailleurs que dans son sujet lui-même (une fille qui se retrouve dans l'antichambre de la mort, celle-ci s'avérant être une boutique de jouets), c'est encore plus dans ses scènes plus "réalistes" que La Petite Marchande d'Allumettes renoue avec l'enfance : de la allumettes_20kleinbataille de boules de neige à l'émerveillement devant les gâteaux aperçus à travers une vitre, de la jeune fille s'extasiant devant une vitrine de jouets à la joie de faire tomber des flocons de neige gros comme mon poing, Renoir touche à ce qui fait la beauté de ce conte de Noël d'Andersen : la simplicité des joies enfantines. Car malgré sa fin tragique, le film est plutôt gai, grâce notamment à la fraîcheur émouvante de Catherine Hessling (décidément une des plus photogéniques actrices de muet) et grâce à cette magie presque chaplinesque des ambiances. Le film est presque entièrement dépourvu de dialogues (les acteurs ne bougent pratiquement jamais les lèvres), Renoir préférant trouver des équivalences visuelles et des rythmes rapides. Pour clôturer le bonheur qu'on a à mater ce film, les maquettes sont à tomber par terre de beauté. Ce n'est pas Welles qu'elles m'ont évoqué à moi, mais à la fois la cabane de Gold Rush de Chaplin et les premiers plans (que je trouve sublimes, contrairement au gars Shang) de A Lady Vanishes d'Hitch.

Bref, un film qui touche subtilement à un secret bien enfoui dans le vieux gars que je suis, et qu'on est tous sûrement un peu.   (Gols - 13/12/07)

Renoir est tout entier ici