affiche_Soigne_ta_droite_1987_1On pourrait reprocher à Soigne ta Droite d'être un peu trop léger, et c'est quand même un comble au vu de la filmographie complexe de JLG. Certes, on apprécie ce retour à ses anciennes amours (déjà présentes dans Pierrot le Fou ou Les Carabiniers) : le burlesque, la poésie simple, la comédie. Mais on ne peut s'empêcher de tiquer devant ces tentatives de gags amenées par un Villeret anachronique ou un Galabru totalement perdu. Autant le dire : ce n'est pas très drôle d'entendre le premier surjouer des accents divers (le marseillais, le belge, le gôrs du Nord) ou de voir le deuxième en retenue complète de jeu (et donc encore plus mauvais que d'habitude, sauf dans sa dernière scène, miraculeusement émouvante). Godard lui-même fait son Buster Keaton, avec même des acrobaties et des scènes purement visuelles qui étonnent franchement. Heureusement qu'il est là pour amener un humour sympathoche, car sinon le film frôlerait parfois l'inconfort sans lui : on est souvent gêné devant ces tentatives de drôlerie qui tombent à plat.

Ceci dit, Soigne ta Droite est souvent très beau, même si l'émotion n'y est pas aussi affirmée que dans d'autres JLG : il y a comme toujours ces gros plans de visage (ici, une petite fille derrière une porte, un couple d'amoureux qui ne parlent qu'en citant Racine, une Jane Birkin sublime...), ou ce travail impeccable sur l'opposition entre son et images. Godard, aidé par les beaux thèmes des Rita Mitsouko, ne cesse de faire démarrer l'émotion,PDVD_007 en superposant une musique rock sur des images d'une singulière poésie, pour mieux tout casser trois secondes plus tard en montant là-dessus un bruit d'avion ou la voix criarde de Villeret. C'est une tentative, certes intéressante et bien dans son style, mais on aurait aimé aussi qu'il se laisse plus souvent aller au sentiment et à la simple beauté. Cette émotion, il la trouve pourtant dans toutes les scènes documentaires sur les Rita Mitsouko, filmés en répétition. C'est presque l'inverse des Stones dans One+One, les deux gugusses sont filmés au plus près, sans mouvement de caméra, sans d'autre ambition que de capter ces moments de réel, ces instants qui font la création. La présence de ces deux musiciens contribue à relever très nettement le film, qui aurait pu n'être qu'une pochade "ruiziene" un peu fade.

Côté scénar, eh bien c'est étrange et sybillin, bien sûr, et c'est pour ça qu'on aime Godard : il joue un "Idiot" à la Dostoievski obligé de tourner et de livrer un film en fin de PDVD_012journée, on assiste donc au tournage "en direct" de celui-ci, qu'il finira par vendre à un pilote d'avion (Galabru) et à une fan de boîtes de films (Lavanant (très drôle, ça)). Entre temps on aura croisé la route d'un "individu" (Villeret), écouté le monologue d'un "homme" (Perrier), et assisté à un match de tennis virtuel, à une bousculade dans un avion, à une partie de golf sexy, à une scène de train piquée au Cercle Rouge de Melville, et au nettoyage de la voiture de Jane Birkin. Bon... Tout ça donne encore une fois un film érudit (on ne compte plus les citations), barré et unique. Petit Godard sûrement, mais grand plaisir toujours.

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