Sur 2h30, Verhoeven retrace la vie de six amis qui avaient tout pour l'être à vie (on dirait une chanson de David et Johnatan, pardon Paul) avant que la guerre n'intervienne: celle-ci va non seulement brouiller les pistes, mais va surtout parfois placer ces six potes dans des camps opposés. Même si le trait est peut-être finalement plus appuyé dans Black Book, ce qui semble intéresser Verhoeven, ce ne sont pas tant les choix moraux, en tant que tels - même s'ils existent - (et en cela le titre français pourrait être discutable), que les aléas de la vie qui ont placé ces individus dans une position particulière. Aucune des 6 personnes n'est complètement mauvaise ou particulièrement héroïque (même la figure centrale du résistant semble parfois surprise de se retrouver dans sa propre situation), Verhoeven filmant chacun à hauteur d'homme.

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1938: Rutger Hauer, nouvel étudiant, se fait sauvagement bizuter par Guus en se prenant une soupière sur la tête; huit points de suture plus tard, ce sera le début d'une amitié qui perdurera tout au long de la guerre, chacun étant du même côté (le bon, oui). S'il y a un certain flottement au début de la guerre, dès que la Hollande est occupée par les Allemands, il semble difficile d'échapper à un quelconque clan. Si Erik (Rutger), Guus et un troisième comparse d'origine juive tentent de rejoindre Londres pour résister, les trois autres 18405256_w434_h_q80auront des trajectoires diverses: l'un, Alex, aux origines allemandes, joindra la jeunesse pro-Nazi, un autre restera neutre et le troisième deviendra collabo pour protéger sa fiancée juive; à l'image du Rutger qui se retrouve souvent, presque malgré lui, embringué dans des aventures risquées - sans qu'il cherche lui-même forcément à jouer au héros, même si vers la fin il semble certes y prendre goût et être le premier à s'en amuser -, les autres personnages semblent plus subir l'Histoire que véritablement choisir la leur: ainsi les origines de chacun ou leurs histoires amoureuses semblent finalement limiter au maximum les choix possibles. Il y a d'ailleurs vers la fin du film, lors d'une fête nazie dans laquelle Rutger se retrouve fortuitement, une scène magnifique de tango entre lui et Alex : non seulement la musique guide leur pas, mais ils ne cessent également, dans un duo parfait, de changer de cap, allant indifféremment dans un sens ou dans l'autre; si on pourrait certes y voir un monstre à deux têtes, il semblerait surtout, comme le dit Alex, que le plus important ne soit pas tant le camp dans lequel ils se trouvent actuellement (la direction qu'ils ont prise)  que l'espoir de se retrouver ensemble, dans le même camp, après la guerre; il ne s'agit par pour Verhoeven de défendre Alex (il va d'ailleurs mourir de façon assez ridicule aux toilettes - dans sa merde quoi, ouais, c'est ça) mais plutôt de montrer que ces deux hommes qui sont dans des camps diamétralement opposés ne sont fondamentalement -en tant qu'êtres humains - pas si différents l'un de l'autre (bon ça fait trente fois que j'essaie de dire la même chose, j'ai dû abuser de la Tsingtao hier (marrant que la caisse soit vide...), je vous l'accorde)

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Si le film a tendance à démarrer un peu doucement, les reconstitutions historiques et les bombardements, sans jouer le ticket choc, lui donnent une certaine ampleur (Verhoeven est un king pour filmer les avions); les séquences amoureuses - et sexuelles donc - de notre Rutger (avec la jeune femme juive et la secrétaire anglaise, une blondinette euh... méchante, c'est comme ça qu'on dit non?) sont peut-être un peu moins osées que dans d'autres oeuvres du Paul, mais ne sont pas pour autant de simples clichés scénaristiques pour le fun : elles éclairent même une facette du personnage central qui subit, là encore, plus le désir de ces femmes qu'il ne cherche à imposer le sien (ce sont le plus souvent elles qui sont obligées de prendre les devants - bon il tergiverse peu devant l'opportunité...). Et ben voilà, je crois que je tiens là une bonne conclusion.