18656039_w434_h_q801500ème texte de ce blog, et je suis très confus de traiter à cette occasion d'un navet ridicule. Toujours eu quelques doutes sur le talent de Shyamalan, qui d'un côté m'intéresse dans sa direction de comédiens (c'est quand même le seul être au monde à avoir su tirer quelque chose de Mel Gibson) et dans son inspiration visuelle, et d'un autre côté m'irrite au plus haut point dans ses écritures de scénario et sa putasserie hollywoodienne. Lady in the Water, pour le coup, n'est qu'irritant. Le souci est que le gars a méchament tendance à me prendre pour un gosse de 6 ans et demi, ce que je ne suis plus depuis longtemps. Ca semble bien être même sa profession de foi pour ce film, puisqu'il fait même dire à un des personnages "je rêve de retrouver mon âme d'enfant". On est d'accord, on en est tous là : notre âme d'enfant, ok ; notre QI de CE1, je suis moins preneur.

a_20lady_20in_20the_20water_20LADY_IN_THE_WATER_1Or, comment voir cette triste histoire pseudo-fantastique autrement qu'avec un rictus gêné ? Shyamalan tente de nous pondre son E.T. à lui, sous la forme d'une trame qui voit un gardien d'immeuble désabusé aux prises avec un conte pour enfants qui se déroule dans son propre jardin. Il y découvre une nana (tête à claques intolérable) dans la piscine qui s'avère être une Skrunk (ou un truc comme ça), poursuivie par un méchant gnark, mais qui pourra s'en sortir si un gondulf arrive à réunir une bloubott pour l'enduire de boue réparatrice et lui permettre de partir sur les ailes d'un aigle. On le voit, c'est aussi captivant que Le Seigneur des Anneaux, et ça s'adresse à peu près au même public bouffeur de pop-corns et fanatique de fantasy à la mords-moi-l'appendice. On se fiche totalement des péripéties, bien que Shyamalan nous refasse l'éternel coup de : "tout le monde est mouillé là-dedans, et l'image innocente du début pourrait bien s'avérer décisive, bande de nazes qui n'avez rien vu". C'est-à-dire qu'à 36 ans, j'ai d'autres centres d'intérêt que La Petite Sirène, quitte à reconnaître la perte d'une partie de ma part d'innocence. Peut-être après tout que cette fable ridicule n'est pas pour moi, je veux bien le reconnaître.

18471812_w434_h_q80Le Shyamalan n'étant pas non plus un môme, on se dit qu'autre chose a bien dû l'intéresser là-dedans, et on se met à fouiller dans le sous-texte. Peut-être que cette histoire de communauté dont tous les membres sont liés entre eux par un mystère ancestral est une image de l'Amérique face à son passé, à ses rêves, voire (ce serait malin) à sa propre naïveté... Peut-être que ce personnage de critique de cinéma égaré là-dedans est là pour décrypter le système-Shyamalan de l'intérieur... Peut-être que les différentes ethnies qui peuplent cette histoire (Indiens, Asiatiques, Afro-Américains, baba-cools glandeurs, intellos, body-buildés et j'en passe) se veulent un miroir d'une société qui a besoin de se rassembler pour affronter le danger et l'utopie... On est même prêt à voir là-dedans un de ces films post-11 septembre sur le collectif. Mais non, franchement, non : le film est bien trop crétin et mal écrit pour faire passer un quelconque message. Shyamalan a perdu son sens du montage (les ellipses sont des béances, le rythme est furieusement alangui), son sens du jeu (pas de personnages, que des archétypes), son sens de l'espace (voilà, ami Bast***, ce que j'appelle un espace illisible), son sens de l'inquiétude (un monstre hilarant et des effets archi-dépassés), son sens du cinéma tout court. On s'ennuie, on s'énerve, on rêve de voir toute cette communauté se noyer dans la piscine, et on passe à autre chose. On en reparle à la 2000ème ?