EOV_VI_bPetite merveille sokurovienne que cette Elégie de la Traversée qui ne peut que faire penser au "montage poétique" de Tarkovski: même si l'histoire de Sokurov se veut plus linéaire, ce voyage dans le temps et dans l'espace nous amène d'un petit village de Russie, lieu de son baptême, à un magnifique musée désert (celui de Rotterdam) après avoir traversé, dans les tempêtes de neige, des eaux noires et des routes illuminées par la lumière aveuglante deutrecht_sint_maria phares de voiture. Sokurov a décidément un don pour nous proposer un grain d'image d'une troublante opacité. Si les flocons de neige sont superposés sur son image, cette dernière est également constamment "flottante" (ben ouais, ses lignes horizontales sont mouvantes) ce qui donne un réalisme étonnant notamment aux tableaux présentés. On se laisse embarquer par cette voix off (qui rappelle celle du guide dans l'Arche Russe) et sur ces images à la fois nostalgiques et irréelles: Sokurov mêle le ton du rêve à celui des souvenirs personnels et on se laisse hypnotiser avec plaisir par ce flux d'images toujours en mouvement, somptueusement enchaînées; cette poésie cinématographique nous amène donc jusque dans ces salles "oubliées" de ce musée où l'on découvre des œuvres de Van Gogh, de Brueghel mais surtout des tableaux saisissants de Pieter Saenredam (on oublie la beauté artistique simple quand on vit à Shanghai, si, si je vous jure); on pénètre au plus près de ces toiles qui possèdent une sérénité, un calme d'un autre temps. En 45 minutes, Sokurov réussit le miracle de nous faire décoller de la réalité et c'est dans un état second, entre léthargie et apesanteur (et j'avais rien fumé, j'ai fait 15 bon dieu de kilomètres en vélo pour mettre la main sur cette œuvre, pas volé) qu'on remet sa conscience entre ces images. Sokurov, aime bien moi quand même.

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300606_hubertL'autre court métrage du DVD est une visite de l'œuvre du peintre français (enfin il me semble) Hubert Robert dont l'on retrouve nombre des toiles au musée de l'Ermitage: apparemment les tsars en raffolaient et notre Hubert n'était pas bégueule dans le rendement; paysage de ruines, structures architecturales démesurées et imaginées par le Robert, Sokurov joue là encore en superposant les images: des nuages semblent traverser les toiles et cela donne des variations de lumières et de couleurs du plus bel effet. La caméra louvoie autour des peintures et certains détails, comme celui du peintre devant les ruines, sont longuement exposés. Po mal le Robert non plus, ah si.

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