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Kalatozov n'est pas mort, les enfants, ou en tout cas il a fait des petits, en l'occurence ce Francisco Vargas, qui a maté sans aucun doute Soy Cuba avant de livrer ce El Violin d'une très bonne tenue. Pour préciser, disons qu'il serait le fruit des amours improbables et triolistes de Kalatozov pour l'esthétique et la propagande populaire, du Welles de It's all true pour l'amateurisme revendiqué de la chose et pour la vision du Mexique, et du Bunuel de Los Olvidados pour cet amour des petites gens et des gros plans qui vous prennent à la gorge. Pas moins, avouez que c'est pas mal.

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Même si le scénario est un peu trop explicite, ne parvenant pas à retenir son discours, livrant trop tous ses secrets d'entrée de jeu, El Violin est assez renversant dans son déroulement, qui ménage pas mal de surprises. On croit avoir affaire à un pamphlet contre la violence, dans une première séquence (ratée, parce que trop arty) de torture ; puis on passe à la chronique bon enfant, avec un trio de musiciens tout bornioles qui fait la manche dans les rues de Mexico ; puis c'est un film d'aventures, avec une course-poursuite très bien mise en scène dans la forêt ; il y a ensuite des bouts quasi-documentaires (les zapattistes, le maquis) ; puis un mélodrame néo-réaliste (qui justifie à lui seul l'utilisation du noir et blanc) autour d'un guerillero qui perd femme et enfant et de son vieux père violoniste mais résistant ; et on termine par un suspense hyper-tendu. C'est parfait, et on est franchement happé par tous ces genres avec un égal bonheur, tant Vargas regorge d'idées pour mettre tout ça en scèn, tant il aime ses personnages, tant il prend visiblement du plaisir à filmer son histoire. La sincérité de son propos emporte le morceau, et nous fait oublier les impefections un peu poseuses de certains plans, ou de certaines scènes (trop symbolique, par exemple, ce dernier plan, on dirait une pub pour Benetton, un petit gosse avec une guitare dans une main et un flingue dans l'autre).

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Et puis bien sûr, il y a la photo, digne de Soy Cuba, qui fait merveille dans tout ce qui est gros plans et ambiances. Les scènes du début, dans une taverne mal-famée des bas-fonds, sont tellement saturées de noirs et de gris qu'on se croirait dans un film américain des années 60 (Cassavetes ou Scorsese). Et le noir et blanc très contrasté fait extraordinairement ressortir les détails pour les plans rapprochés, comme les sabots de l'âne (ben oui) qui hésitent à franchir un fossé, le frottement de l'archet sur le violon, ou les petits gestes furtifs qui passent entre Résistants. Vargas aime un peu trop ça, malheureusement, et tombe parfois dans l'illustratif, le joli, notamment dans les plans larges sur la campagne. On regrette la couleur pour le coup dans ces images-là. Dès qu'il se sera calmé un peu avec les boutons de sa caméra, Vargas sera un grand, croyez-moi, vous pouvez le noter dès maintenant.   (Gols - 06/10/07)

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le_Violon_pic2Pas grand chose à ajouter au billet de l'ami Gols : le violon est un excellent film mexicain au noir et blanc sublime. Dur de lui reprocher de soigner un peu trop son image tant l'on sent la précision et la justesse de chaque cadre. Histoire de résistance mais également très belle relation entre un vieil homme et son petit fils; Don Angel Tavira, l'homme au violon donc, donne une densité à son personnage, un charisme, un charme, qui ferait presque penser à une composition de Clint Eastwood, en plus vieux et plus mexicain, hein. Rares sont les premiers films porteurs d'une telle intensité et d'un tel équilibre. Quatre archets et deux anches c'est ma note.   (Shang - 01/11/07)