Il n'y a décidément que les Italiens pour réussir des films aussi fins et justes sur la famiglia : il y a le père (Pietro Germi himself, impressionnant), cheminot donc, qui picole peut-être un peu trop mais qui a bon fond, il y a la fille qui flirte sûrement un peu trop mais qui tente de s'extraire du cocon familial où règne ce père aveugle à ses préoccupations, il y a le fils, un peu trop branleur qui se lève plus tard qu'un fonctionnaire et qui vit de petits trafics, il y a également le petit dernier, qui suit son père comme une ombre mais qui travaille pas trop à l'école, et puis enfin il y a la mama qui tente de mettre tout le monde d'accord en gérant tous ces "trop". Bref, on serait presque dans une histoire un peu trop typique à l'italienne si Germi n'avait pas l'art de nous rendre tout cela exceptionnellement crédible et réaliste.

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Le père est dévoué à son travail et préfère en rentrant du taff, même une veille de Noël, passer la nuit à gratter sa guitare avec ses compagnons de beuverie plutôt qu'avec la famille. La mère est forcément arrangeante même si elle n'est pas dupe sur la façon dont le considèrent sa fille et son fils aîné. Et puis un jour c'est le drame, alors que le climat sous le toit familial est au plus bas, il ne peut rien faire pour stopper sa machine alors qu'un type se suicide sur les rails et quelques minutes plus tard, encore sous le choc (et avec quelques rasades en plus), il rate un feu rouge qui fait passer son train à deux doigts de la catastrophe. C'est un peu le tourbillon: le déclassement, puis lors d'une grève la trahison de ses potes (il a l'occasion de reprendre sa machine et ne s'en prive pas), puis rapidement le dégoût de lui-même et la fuite en avant dans les bars... Un petit infarctus le remettra sur les rails, non pas professionnellement, mais lui fera ouvrir les yeux sur ses enfants; lors d'une ultime veillée de Noël tout le monde est au rendez-vous... Un bonheur trop fort qui pourrait bien être le dernier.

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L'une des bonnes idées de Germi c'est de faire du gamin un fil reliant les diverses intrigues et les divers personnages: gamin touchant qui ne surjoue jamais de son charme, et qui apporte une note de naïveté et de fraîcheur à l'ensemble qui est pour beaucoup dans la réussite du film. Les acteurs (ça crie forcément un peu dans tous les sens et chacun se fait toujours démonstratif mais c'est le pays qui veut ça...) sont parfaitement dirigés et sous la baguette de Germi lui-même sa femme, dans le film, arrondit parfaitement les angles par un jeu tout en retrait. Le montage est fabuleux de naturel et de maestria et cette plongée dans l'Italie des années 50 est définitivement magnifique de justesse. Un grand sens du rythme pour ce film sélectionné à Cannes en 56 et injustement oublié.

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