raisingcain03Je suis le premier à dire que de Palma manque parfois de fond, ce qui semble lui attirer le dédain poli de mon camarade de jeu. Mais il n'empêche que quand la forme atteint une telle virtuosité que dans ce Raising Cain, on ne peut que s'incliner devant la maîtrise du gars, et respecter.

Ben oui, c'est pas forcément génial, cette histoire déjà vue de "Doppelgänger", de schyzophrénie outrée qui mène au meurtre. De Palma, comme toujours, est béat d'admiration devant Hitchcock, et a du mal à dire autre chose que ce qui a déjà été dit dans Psycho : son héros est beaucoup moins effrayant que Norman Bates, et le scénario semble déjà écrit à l'avance. On a d'ailleurs l'impression qu'il ne se soucie pas beaucoup de son histoire, déjà pliée dans les 10 premières minutes (un gars aux multiples personnalités raisingcain004qui va tuer des femmes et voler leurs enfants pour en faire des cobayes de laboratoire). Il se fout complètement, et nous avec, de la vraissemblance des évènements, et nous perd complètement dans sa trame, trop complexe, finalement mal menée.

Ce qui lui importe, c'est la façon de raconter. Et là, c'est du grand art, même si c'est de la pure esbrouffe. Décalant subtilement la mise en scène d'Hitchcock, il lui rend pourtant un hommage admiratif, jusqu'à recopier presque textuellement la scène de la voiture plongée dans l'étang (coulera ? coulera pas ?). Mais il y ajoute des effets horrifiques contemporains qui prolongent la forme hitchcockienne avec beaucoup de finesse. Aucune scène, même la plus banale, n'est sacrifiée quand il untitleds'agit de l'emplacement de la caméra, de ses mouvements, de l'émotion qui vient de la pure mise en scène : on a droit à un travelling absolument bluffant qui part du 3ème étage d'un commissariat pour finir sur le visage tordu d'un cadavre dans la morgue du sous-sol ; à des ralentis à pleurer de beauté, y compris sur un pauvre flash-back constitué uniquement de dialogues sirupeux ("happy new year !", lit-on sur les lèvres de l'héroïne, et rien que le ralenti tend la scène comme c'est pas permis) ; à ces désormais incontournables plans sur des écrans, des yeux, des caméras, etc (de Palma est LE cinéaste du regard, le seul à poser réellement aujourd'hui la question du regardant et du regardé et de l'importance de la subjectivité dans le cinéma), qui débouchent même sur un engagement total du spectateur dans le film à l'occasion d'un regard-caméra assez génial ; à des arrière-raisingcain02plans millimétrés qui font jaillir l'inquiétude avec une subtilité totale ; et à un final homérique, douze mille actions en même temps, filmées en parallèle sans jamais nous égarer, et qui focalise sur une petite fille qui tombe d'un balcon. Et j'en passe, chaque nouvelle séquence amenant une nouvelle idée. Tout ça sur une musique puissante et belle comme tout, que demander de plus.

On est d'accord, les acteurs sont moyens, tout ça ne mène pas à grand-chose d'autre qu'à 1h30 de plaisir, et De Palma est encore trop amoureux de son modèle. Mais sérieusement, pouvez-vous me dire en me regardant droit dans les yeux et sans rougir, que c'est pas aussi ça qu'on demande au cinéma, du pur spectacle, de l'émotion brute ?