18772440_w434_h_q80Les fameux "profanateurs de sépulture" font partie de mon panthéon horrifique personnel, et j'ai toujours été satisfait des différentes versions de cette histoire, que ce soit celle de Siegel, de Kaufmann ou (surtout) de Ferrara. Le moins qu'on puisse dire est que le film de Hirschbiegel est le moins bon des quatre : très hétérogène dans sa mise en scène, mélangeant les styles dans un foutoir gênant, mal rythmé, heurté, peu effrayant, il n'atteint jamais la pureté de forme qu'un tel sujet permet, ni l'élégance "feutrée" de Siegel, ni le côté malsain de Kaufmann, ni l'esthétique fascinante de Ferrara.

Après les réflexions politiques de ses prédecesseurs, Hirschbiegel se demande un peu en quoi la trame pourrait bien être contemporaine, et rame un peu de ce côté-là. Il met un bon moment à faire résoner son sujet vis-à-vis du monde d'aujourd'hui, hésitant à parler du 11 septembre, ou des rapports parentaux, ou du fascisme. Ce n'est qu'in extremis qu'il parvient à rendre son film plus intéressant : le long discours de Daniel Craig transformé en zombie est vraiment bien écrit. The Invasion devient alors une intrigante démonstration sur le mal. Finalement, ces zombies sans affect et sans émotion ne seraient-ils pas dans le droit chemin ? L'avenir du monde n'est-il 18793749_w434_h_q80pas là-dedans, dans l'aplatissement des différences émotionnelles entre les peuples, dans une sorte de globalisation psychologique, qui éviterait les guerres, le racisme, la peur, etc ? Le problème de l'Humain ne réside-t-il pas dans sa trop forte personnalité ? Non seulement le discours n'est pas bête, mais en plus les scénaristes y répondent d'une belle façon, en concluant, avec Kidman, que, non : même si l'Homme est un loup pour l'Homme, même s'il y a le terrorisme, les guerres, le Darfour et L'Irak, il vaut mieux rester avec nos imperfections ravageuses que rêver d'un 18793751_w434_h_q80monde privé de libre arbitre et d'émotion. Le film aurait sûrement été plus efficace s'il avait été plus audacieux sur son dénouement, s'il ne nous avait pas servi ce happy-end fade et rassurant, s'il avait osé montrer ce monde définitivement envahi par les extra-terrestres froids et fascistes. Mais sur certains de ses discours, il s'inscrit plaisamment dans la lignée de ses prédecesseurs : honteusement de gauche, définitivement humaniste. Le choix des deux acteurs principaux, Kidman et Craig, est par ailleurs bien vu : plastique diaphane, blondeur froide, ils sont les aryens parfaits, la menace physique de ce futur aseptisé combattu par le film.

18805324_w434_h_q80Cela dit, comme mentionné, la mise en scène ne suit pas vraiment. Très curieusement fichu, notamment dans ces inscriptions de "flash forward" à l'intérieur des scènes, The Invasion est assez laid, et on a parfois l'impression d'un remontage hasardeux. Si la vitesse du début est assez convaincante (en 5 minutes, on est dans le bain, comme si Hirschbiegel nous faisait confiance pour avoir vu les 3 précédents opus), elle se transforme en précipitation par la suite. Certes, il est assez efficace dans l'inquiétude qui naît du quotidien, dans ce léger décalage étrange qui fait qu'on reconnaît sans bien les reconnaître les humains déjà contaminés ; mais ce style est pompé sur Carpenter (Prince of Darkness surtout), et moins bien géré que la maître. Dans les scènes de peur pure, le gars n'est pas bon, se contentant de devenir épileptique dans son montage, alors que la lenteur ferrarienne était bien plus effrayante. Bon scénario, mauvaise réalisation.