v43641cp6b2Il est des films qui sont de petits miracles, non qu'on sache bien toujours à quoi cela tient... La cinégénie des très jeunes acteurs, la mise en scène fluide, un noir et blanc sublime, un état de grâce??? D'autant que le scénario du film de Zauberman est finalement relativement lâche ou tout du moins ne possède pas une ligne narrative clairement définie: un petit village en Pologne dans les années 30, non loin de la frontière de l'Ukraine; alors que l'antisémitisme fait monter peu à peu la tension dans le village, un jeune gamin juif fait une fugue avec son compagnon d'enfance (frère d'adoption d'origine russe); à leurs trousses, un jeune gars du village, communiste, qui vient tout juste de s'échapper de prison accompagné d'une toute jeune fille, amour d'enfance (sublime Rachel, dont le regard porte en lui l'infini du monde - au moins). Dès qu'ils mettent la main sur les enfants, eux aussi rêvent de s'expatrier, en France, loin de leur famille conservatrice, loin de leur pays d'origine. Les enfants finiront par revenir à la casa alors que leur maison brûle encore...

Si le début du film part un peu dans tous les sens, dans ce village où on a un peu de mal à savoir qui reproche quoi à qui, dès que la caméra s'arrête sur Ivan ou Abraham, leur complicité, leurs disputes, leur tristesse, leurs rêves, le film trouve automatiquement son rythme... leur échappée belle dans la nuit et sur le long pont suspendu est comme une bouffée d'air et les initiations amoureuses d'Ivan avec des adolescentes de son âge (le regard innocent et transparent de l'une, le regard noir et envoûtant de l'autre) sont des sommets de justesse et de pudeur - et de beauté pure. De même, toutes les séquences où Abraham est en contact avec les chevaux possèdent une fougue ou une douceur d'une rare intensité. Bref, je gardais un excellent souvenir de ce film découvert il y  a 14 ans, content de l'avoir revu tant certaines séquences possèdent encore et toujours une vraie magie - tout comme la musique très inspirée tout au long du film.