minnie_and_moskowitzPDVD_01301Un Cassavetes qui se termine bien, c'est assez rare pour le remarquer. Si Minnie and Moskowitz est fidèle à l'esthétique désabusée et amère du gars, c'est aussi certainement son film le plus optimiste, dans lequel les inlassables conflits entre les hommes et les femmes trouvent ici un dénouement enfin apaisé. Malheureusement, c'est aussi pour ça que le film déçoit : il manque de l'âpreté habituelle de Cassavetes, il est un peu trop léger pour remporter l'adhésion.

Il y a là-dedans plein de qualités, je ne dis pas, à commencer par ce style toujours aussi personnel, qui s'exprime ici surtout dans le montage, heurté, cahotique, qui coupe des sons en plein milieu, qui tronçonne les scènes presque alléatoirement, juste quand l'émotion pourrait se transformer en sensiblerie. Du coup, la petite vie de ces deux déclassés est racontée dans l'urgence, une rapidité qui fait mouche quand il s'agit de dessiner le parcours d'écorché vif de ce couple improbable. Les héros cassavetiens sont toujours attirés vers le gouffre, folie, amour fou, romantisme exacerbé, solitude et alcoolisme, etminnie_and_moskowitzPDVD_01201 la vitesse d'exécution du montage accompagne bien cette chute. "L'homme est un Dieu tombé qui se souvient des cieux", disait, euh... Lamartine (?), et ça résume bien cet appel à la beauté foulé volontairement sur l'autel de la violence et de l'auto-humiliation qui marque les personnages de ce film, incapables de parler d'amour autrement qu'en hurlant, incapable de se toucher autrement qu'en se mettant des beignes. De ce côté-là, le film est très beau, d'autant que Rowlands et Cassel (pas Vincent, l'acteur) sont confondants d'humanité, de sauvagerie et d'humour. Le scénario est sensible, la caméra attentive et intelligente, respect.

Mais il manque ce regard si profond du Cassavetes qu'on aime. Peu de gros plans ici, peu de ces scènes qui suspendent le temps sur un geste, une expression, peu de ces pics d'émotion qui font la sève de Faces ou de Opening Night ; la rage s'adoucit un peu, et c'est dommage. On a finalement du mal à croire à ce fossé social qui sépare les deuxminnie_and_moskowitzPDVD_00901 personnages, Cassavetes ne prenant pas le temps de planter un décor, un contexte, autour de son couple. La chronologie, les enjeux sociaux, la difficulté d'existence de cet amour, sont sacrifiés au profit du pur jeu d'acteurs, certes impressionnant mais qui ne suffit pas à faire vivre l'intrigue. A l'exception d'un personnage de vieux beau solitaire lors d'une scène parfaite de rencontre dans un bar, les rôles secondaires sont flous, caricaturaux, peinant à imposer un réel univers. Du coup, on regarde ça, et c'est un comble, comme on regarderait, disons, un bon vieux Bob Rafelson, bien mené, sympathique, bien interprété ; seulement, on est dans un Cassavetes, et on est en droit d'attendre un peu plus d'un tel génie que ce petit film agréable et sans conséquence. Satisfecit, sans plus.