241084623_5956c47165_oA l'écoute des réactions du public dans la salle après la projection de ce énième "renouveau du cinéma argentin", El Custodio serait un film qui "laisse perplexe", "très statique" et "mystérieux". On croit rêver ; à croire que les majors n'ont pas tort de leur donner à bouffer les films de Leconte ou de Veber.

Pour moi, El Custodio est juste un très mauvais film beaucoup trop lisible, qui souligne allègrement tous ses symboles et utilise un marqueur gros comme mon poing pour bien nous faire comprendre la profondeur de ses idées. Moreno nous agrippe la main et nous conduit là où il veut qu'on pleure, sans nous laisser aucune liberté de spectateur, sans laisser la place au moindre trouble ou à la moindre ambiguité dans son personnage. C'est l'histoire d'un garde du corps de ministre, qui 18747796_w434_h_q80efface toute personnalité devant le professionalisme de sa tache, quitte à devenir un sous-homme invisible et terne. Pourquoi pas ? On imagine ce qu'un haneke aurait pu faire de ces immenses temps de vide absolu, consacrés à la seule attente, à la contemplation moche d'un parking souterrain ou d'une clope en train de se consumer. C'était certainement là le vrai sujet du film : le rien, le manque d'exotisme, finalement, de ce métier de garde du corps bien peu chargé en évènements. Moreno a visiblement l'impression d'obtenir une radicalité hanekienne par ces longues séquences sans sève, par ces gros plans sur le visage atone de son acteur, et par ce drame qu'on sent venir 18747795_w434_h_q80gros comme une loco et qui clôturera le tout. Mais à vouloir trop nous expliquer quoi penser, à chercher absolument l'explication psychologique, à tracer à trop gros traits le caractère et la vie de son personnage, il ne parvient qu'à nous livrer un bête téléfilm, qui aurait largement pu tenir dans un court-métrage de 10 minutes. Moreno ne recule devant rien pour nous faire rentrer dans la tête le sens de ses images, quitte à tomber dans le ridicule total (même Tavernier n'aurait pas osé les 5 dernières minutes, où le garde du corps se perd dans la contemplation de la mer). On n'est pas loin, dans le genre, du terrible La Vie des Autres, c'est dire. Hésitant sans cesse entre 18481982une esthétique mathématique (profusions de cadres de portes, d'écrans télé, de décors gris métallique et froid) et une abstraction timide (des flous, un travail sur le son qui voudrait brouiller les pistes, des visages coupés par le cadre), il pond un objet lui-même flou, hétérogène et laid. C'est naze, et pis c'est tout.