69218550_ph3_w434_h_q80Il paraît que ce film est devenu l'emblème du renouveau du cinéma argentin, et je veux bien le croire, pourquoi pas ? Mais j'avoue que je suis passé franchement à côté de cet OVNI étrange, sans y trouver de quoi sustanter ni mon petit coeur, ni mon cortex pourtant au taquet. A vrai dire, je n'ai pas compris grand-chose aux motivations de Lucrecia Martel, et La Cienaga a défilé devant moi comme un rêve éveillé qui ne laissera pas beaucoup plus de trace que celle d'un réveil interrogatif.

Notons quand même, au bénéfice de ce premier film tout à fait original, un dédain pour la trame qui ne peut que forcer l'admiration : Martel refuse de raconter une histoire, s'accroche aux ambiances, au tableau d'une famille déclaftée, au symbolisme (qui m'est resté hermétique) de ses personnages. A mi-chemin entre naturalisme et sur-réalisme, le film évoque parfois Naomi Kawase, dans untitledson traitement très particulier des rythmes, dans son obsession des personnages et des rapports qui s'installent entre eux. Si rien n'est réellement raconté du point de vue des évènements (si ce ne sont l'ouverture et la clôture du film, assez tendus), on ne peut que reconnaître qu'au niveau de l'atmosphère, la donzelle n'est pas manchote : ambiance délétère, faite de corps mutilés (un gosse à l'oeil crevé, un autre le nez en sang, et on a droit à toute une série de cicatrices qui naissent sur la peau de tous les acteurs), de coups de feu lointains dans la montagne, de corps qui chavirent sous l'effet de l'alcool (beaux comédiens pour les rôles des parents irresponsables) ou des chamailleries adolescentes. Ambiance qui finit par imprimer la pellicule elle-même, la photo est assez sale, grosse résolution d'image à la truelle, couleurs grises assez dérangeantes. Martel inonde son écran de silhouettes en mouvement, pleines de vie et de mouvements, et les oppose, par un contrepoint assez cienagatroublant, à la sauvagerie de ses décors (marécages malsains où se noient des vaches, piscines cradingues, pluie torrentielle, boue marronnasse). Beau talent, donc, pour planter une ambiance glauque du meilleur effet.

Mais le fait est que ça ne suffit pas à extirper La Cienaga d'un ennui certain, en tout cas d'une indifférence décevante. Par manque d'information, on finit par se désintéresser de ces mouvements et de ces personnages, et on attend patiemment la fin, en se demandant sur quel chemin on veut nous emmener. Le film fini, on se dit que le chemin en question ne mène pas à grand-chose. Bon, on a quand même assisté à un style en train de se chercher, ce qui n'est pas si mal.