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Jacques Tati est l'essence raffiné du burlesque, l'élégance même, un dandy de l'humour. Alors c'est vrai que les Vacances de Monsieur Hulot n'est peut-être pas un film qui fait littéralement mourir de rire tant il est parsemé de gags minuscules, bénéficie d’une « mise en scène du quotidien » toujours un poil décalé. Mais c'est dans ces petites touches, dans ces millions de micro-idées que Monsieur Hulot demeure un bijou.

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Il y a avant tout un travail sur la bande sonore extraordinaire, de cette voiture pétaradante à ce bruit de porte de café qui ne cesse d'aller et venir en passant par toutes les ambiances de fond, sur la plage, le pépiements des enfants, dans le restaurant, les conversations banales et plaintives... Il y a bien sûr la démarche inimitable du grand Jacques Tati qui a l'art de trébucher sans jamais s’étaler de tout son long, qui a l'habileté de tout déranger sur son passage dès qu'il a n’importe quoi dans la main - la scène des tableaux et du tapis en renard restant un must. Il y a bien sûr les séquences d'anthologie : au cimetière (avec cette couronne de fleurs autour d'un pneu et la plume du chapeau de la dame en deuil qui chatouille), dans le kayak, qui se referme telles les mâchoires d'un crocodile et qui annonce 25 ans en avance Les Dents de la Mer, dans ces parties de tennis et de ping-pong complètement folles, ou encore  dans cette danse maladroite et candide avec la sublime Nathalie Pascaud, lui en corsaire, elle en colombine, comme un petit instant de grâce volé au reste de l'univers. Il y a aussi une multitude de mini-gags - comme ce serveur qui coupe une fine tranche de gigot quand une jeune fille entre dans la salle puis, à l'apparition d'un gros monsieur, en coupe une grosse… - absolument magnifiques et tout en finesse.

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Tati attache un soin extrême dans la mise en scène, aussi bien dans la précision du montage (à chaque changement d’angle de la caméra, tout le monde se retrouve toujours exactement dans la même position) que dans l’usage de la profondeur de champ (tous les seconds voire les troisièmes plans sont toujours soignés pour ne pas dire signifiants); il y a enfin ces drolatiques personnages « de passage » (comme ce couple formé par un vieux monsieur et sa femme, ce dernier étant toujours à la traîne pour pouvoir observer ce qui se passe dans le dos d’icelle), et de nombreuses petites vignettes jamais bien méchantes qui illustrent à la perfection les attitudes outrées de ces bonnes gens des années 50 qu'un rien choque. Bref, l'art du petit trait sans prétention qui permet au cinéaste d'enchaîner les images, au fil de ces vacances, comme de petites perles toutes parfaitement calibrées. Subtile et humble – indémodable.


Soigne ton gauche (1936) de René Clément

349Premier court-métrage réalisé par un Clément de 23 ans avec un Tati de 29 ans. Variation autour du chaplinesque combat de boxe qui tourne au pugilat avec effondrement du ring et bastons dans tous les coins. Il y a déjà ce fou de facteur qui fonce à deux cents à l'heure et un Jacques Tati qui fait ses armes en mimant ce personnage de boxeur ou en copiant les gestes d'un escrimeur: l'histoire éternelle du garçon "gauche" qui fout une branlée au gros costaud sur son terrain, la victoire étant double puisque en même temps l'humour triomphe de la violence physique. Collector.