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Voilà un réalisateur français qu'exhume la collection Criterion et que je découvre avec vous (on va dire) - il est également responsable d'une version de 6 heures des Misérables mais là c'est pas sûr que je trouve un vendeur chinois pour me trouver ça. Bref, adapté du roman de Roland Dorgelès, Bernard nous plonge jusqu'aux racines dans la vie des poilus. L'enfer quotidien des tranchées comme si vous étiez, en direct des studios de Joinville, une plongée dans l'horreur qui ferait passer le Soldat Ryan pour un spectacle de guignols.

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Première image et premier choc: des soldats en rang d'oignons qui se retrouvent rapidement superposés à l'alignement de croix dans un cimetière. Déjà ça calme. La fin du film sera tout autant terrible et inspirée avec ce défilé pour la parade dans un village de soldats morts de fatigue avec en surimpression dans le ciel une armée d'estropiés en route vers le paradis ou l'enfer, puis des images de l'arrière avec des femmes qui dansent et l'argent qui tombe du ciel vite remplacé par des gerbes funéraires qui tombent du ciel sur le champ de bataille. Tu vois ça en 32, tu réfléchis à deux fois avant de crier "hourra, vive la France" en 39. Le héros, l'Adjudant Gilbert, joué par Pierre Blanchar ressemble comme deux gouttes d'eau (de boue même) à Hippolyte Girardot (incroyable non?) ce qui nous le rend automatiquement sympathique. Antonin Artaud lui ne ressemble bien qu'à lui-même. Voilà donc notre recrue Gilbert qui fait la connaissance de son régiment; s'il est tout fier, les autres ont vite fait de le mettre au jus et, dès l'arrivée dans les boyaux de la mort, ça fanfaronne déjà moins. Il faut dire d'abord que les Allemands, c'est comme au football, ils ont une grosse défense. Quant aux contre-attaques (l'équipe du Brésil féminin en a fait les frais ce week-end, pour les spécialistes), elles sont souvent décisives: les Boches ne dorment jamais et passent la nuit à creuser comme des taupes jusqu'aux lignes ennemis; ils finissent par y mettre une mine et toute une équipe de 11 joueurs avec les 4 artilleurs-remplaçants part en fumée; heureusement pour notre Gilbert que la relève était arrivée juste 5 minutes avant, mais franchement, ça glace. Et puis vient le grand jour de l'attaque, 10 jours sans fin, à crapahuter comme des malades dans une région pas super touristique et rendu impraticable par les coups de boutoir de nos amis les Boches. Les explosions n'arrêtent jamais, et il se peut qu'on ait manqué de bombes en 39-40 à cause de ce film. C'est un véritable feu d'artifice et tous nos courageux soldats tombent les uns après les autres. Ils finissent même par se retrouver dans un cimetière à se cacher dans les tombes ouvertes au ciel ce qui ajoute au côté glauque de l'histoire...

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La caméra de Bernard se fait ultra-réaliste (il n'hésite pas à faire du caméra à l'épaule et le montage est d'une fluidité impressionnante); même lorsque les images sont un poil accélérées, cela ajoute à la panique de nos hommes; ça hurle, ça râle, ça déchiquète, on se croirait dans Voyage au bout de la Nuit aux côtés de notre Ferdinand. Le noir est d'une noirceur impassible (superbe travail de rénovation au passage) et nos hommes de passer leur temps à serrer des dents et des fesses (moi on m'y prendrait pas deux fois). Bernard ne cherche en rien à faire un portait à charge des ennemis, il se contente de montrer simplement de pauvres bougres qui se tirent les uns sur les autres comme la misère s'abat sur le pauvre monde. La solidarité entre les hommes, leurs petits mots de soutien échangés en passant n'y changent rien, ils courent à l'abattoir, destiné à être abandonnés mort ou mourant sur cette terre en ruine. "Ils nous useront jusqu'au trognon, jusqu'aux pépins même" s'exclame un de nos gars en pensant aux gradés bien calfeutrés. Croix de bois, croix de fer, un des films les plus réussis sur la boucherie de la guerre. Raymond Bernard !... ah non, connaissais po...