Antonio_das_Mortes_1969_Dragao_da_Maldade_contra_o_Santo_Guerreiro_8Vous voyez Spielberg ? Eh ben l'inverse.

Mal foutu, cradouille comme c'est pas permis, se moquant allègrement des ombres des micros, traitant par-dessus la jambe la direction d'acteurs, ne rougissant pas devant les duels à l'épée au cours desquels lesdites épées se tordent en deux (l'accessoiriste a une carte de fidélité chez Jouetland), Antonio das Mortes pourrait être le chef de file du cinéma impur et bancal qui fait souvent ma joie. Assez incompréhensible, à cause d'un montage que Rocha semble traiter comme secondaire, le scénario est pourtant assez fin, et aurait pu trouver sa place dans la filmographie d'Eastwood, par exemple : un mercenaire chargé de descendre une bande de Robins des Bois modernes découvre la beauté des petites gens, et se met à avoir des doutes sur sa mission. Bon, alors c'est pas aussi simple ensuite, parce qu'il voit la Vierge et doit supporter les chants des villageois sans broncher, mais dans le principe, ça peut donner quelque chose. Mais là, quand même, même en étant le plus bobo des fans de séries Z, même en érigeant le nanar comme archétype de la Beauté contemporaine, on ne peut que frémir devant la laideur de ce film. OnAntonio_das_Mortes_1969_Dragao_da_Maldade_contra_o_Santo_Guerreiro_2 comprend bien que Rocha a voulu pervertir les règles du western et travailler en poète sa trame et ses idées ; on comprend que son mot d'ordre est la liberté formelle et le dédain vis-à-vis des règles cinématographiques ; on voit bien qu'il y a un certain charme derrière tout ça, celui de la sincérité et de l'expression personnelle poussée à son extrême ; on prend note de sa grande culture littéraire, qui donne à son film un aspect tragique et baroque intéressant ; mais Antonio das Mortes tombe littéralement des yeux, par sa volonté désespérée de s'affirmer en tant que film artistique. Mythique peut-être, comme La Soupe aux Choux.