TheParty07Difficile de faire dans le comique visuel quand on ne s'appelle pas Jacques Tati. Edwards est de toute évidence un admirateur de Playtime et de Mon Oncle, mais il n'a pas le talent du maître, et The Party souffre vraiment de ces gags peu inventifs, de ce rythme souvent mollasson, et de ce manque de maîtrise dans le rythme. Le film est à l'image de sa première scène : Peter Sellers, comédien indien catastrophique engagé sur une grosse production hollywoodienne, doit interpréter un soldat trompettiste; il joue tellement faux que tout le monde lui tire dessus, mais il continue à jouer coûte que coûte. Le gag s'étire en longueur, devient insupportable, mal rythmé, pesant ; Edwards, fasciné par son3 acteur, oublie de couper. C'est le problème de The Party : le montage. Chaque séquence est trop longue, et quand le gars a trouvé un truc qui lui plaît, il le ressort inlassablement jusqu'à le vider de toute sa drôlerie, comme ces gars qui connaissent des histoires drôles par centaines. C'est par exemple un serveur soûl, joué avec moult grimaces forcées, qui refait interminablement des passages ternes et poussifs, qui font regretter Pierre Richard ; ce sont aussi des mini-gags qui se veulent subtiles et délicats, et qui sont trop scolaires pour faire vraiment leur effet (le cri du perroquet, la chaussure de Sellers qu'il perd dans un bassin...). Dans le genre "gag invisible", Tati est autrement plus génial.

Heureusement, c'est le grand Peter Sellers qui mène la barque, et il faut reconnaître qu'il est toujours aussi parfait, hyper-subtil dans ses mimiques, ses déplacements. Il semble avoir compris une mécanique du rire qui fait défaut à son réalisateur, et joue the_party01souvent contre le film, en tordant l'indolence de la mise en scène par son sens parfait du tempo. Rythme d'ailleurs étrange, très lent, qui ne fonctionne pas sur la surenchère, sauf sur la fin, mais sur la maîtrise de la durée : Sellers sait amener le rire avec un flegme impeccable. Il ne réussit pourtant pas, malgré son talent, à arracher le sourire ; ben oui, on rigole rarement pendant The Party...

Dans la dernière partie, youpi, on apprécie enfin, quand Edwards décide de dynamiter tout son petit monde dans un délire visuel pour le coup très inspiré. On pense au Satyricon de Fellini, tant la débauche d'évènements s'accélère, tant l'écran se remplit de bruits et de fureur avec une joie communicative. Le flower-power fait son entrée chez les bourgeois de la haute, et on finit par deviner un peu le projet de base de The Party : critiquer la haute société américaine, en y instillant de l'intérieur la folie douce, sous la forme d'abord de l'Etrangthe_party08er (Sellers), puis d'une invasion "domestique", puisqu'américaine (les baboss et leur éléphant coloré). Du coup, ça fuse, ça crie, ça disparaît sous des tonnes de flotte et de mousse, ça pétarade, et ça finit à l'hosto dans un délire salvateur. Certes, on ne sourit que mollement devant ces chutes à répétition dans la piscine, c'est moyennement drôle ; mais il y a une énergie indéniable qui fait son effet. Visuellement, le film devient enfin intéressant (belle photo d'ailleurs, très sixties), on relègue les gags lourdosses en arrière-plan, et on fait tout exploser : ça fait du bien.