L'île de Stromboli c'est un peu comme celle de Lost pour Ingrid Bergman: tous les habitants sont loin d'être accueillants, la plupart même l'envoie paître et bien que cette île soit connue, personne n'a envie de venir la sauver... Récit de l'aliénation dans une monde qui n'est pas le sien, clash entre modernité et tradition ou chemin de croix pour la sublime Ingrid Bergman, sensuelle et égarée à souhait?

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Le moins qu'on puisse dire c'est qu'en se mariant avec ce pêcheur italien pour sortir d'un camp de réfugiés, la libertine Karin n'a pas fait le choix le plus olé-olé: dès qu'elle débarque sur l'île de Stromboli, il faut voir un peu la tronche qu'elle tire, un peu comme celle d'un bûcheron canadien qui chercherait des arbres à Shanghai : lestromboli climat est sec et aride, la terre est sèche et aride, les vieilles avec leur fichu noir sur la tête sont sèches et sûrement arides; sa maison, je n'en parle pas, on dirait une caverne creusée entre des murs blancs. Bref, rapidement c'est la panique et alors même qu'elle cherche un soutien dans le regard d'une vieille femme, cette dernière n'a pas tôt fait de la remettre à sa place: un peu d'humilité, petite!... Si on ajoute les cancans qui ne lui sont pas favorables (elle sympathise avec une prostituée et trébuche dans les bras d'un Apollon), son mari qui a tôt fait de prendre la mouche et de lui en balancer une, la violence naturelle de cette terre de feu (actif, le volcan) et de sang (le furet qui lamine un lapin en un coup de dents, la longue séquence sur la pêche aux thons - un massacre), on comprend vite que sa seule obsession sera d'échapper à ce monde qui lui demeure indubitablement étranger; elle ira jusqu'à faire du gringue à un prêtre (toute d'ambiguïté, d'innocence et de charme, la plus belle scène à mes yeux de l'Ingrid) avant de s'échapper de sa maison où son rustre mari l'a cloîtrée. Elle entreprend alors l'ascension du Stromboli, perd valise et thune sur la route avant de connaître un instant de grâce au petit matin devant la beauté du paysage. Cependant si elle ne cesse de crier "oh mon Dieu", il est difficile de savoir si elle est finalement touchée par la foi ou si cette prière s'apparente à une plainte: elle décide d'ailleurs de ne pas rentrer et toutes les hypothèses sont possibles sur son sort; acceptation des misères de la vie ou renoncement par la mort? - si cela dit vous voyez d'autres choix en temps normal, vous me faites signe.

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Récit épuré d'un personnage qui ne cesse de rebondir sur les murs d'une prison qu'elle a elle-même choisie, Stromboli annonce sans aucun doute une partie du monde d'Antonioni. Karin, pleine de bonne volonté au début, se fracasse peu à peu contre l'ascétisme de cette nature sauvage et celui de la nature humaine. Seulement est-il jamais possible de fuir ou n'est-on pas destiné à errer de prison en prison (de celle du camp de réfugiés de la civilisation à cette terre de refuge inhospitalière...)?