18759778C'était le piège : à force de flirter avec la pure forme vide, Tarantino est tombé dedans en plein. Deathproof est totalement dépourvu du moindre intérêt, que ce soit du point de vue de la trame, inexistante, que du fond, légèrement con. D'accord, c'est un simple hommage aux films de série Z, et ça ne revendique guère autre chose qu'un amusement cinéphile. Mais après les grands divertissements que furent Kill Bill ou Pulp Fiction, on est en droit de demander autre chose à Quentin que ce bâclage de gamin qui s'amuse tout seul.

Pourtant, le gars retente bien les figures qui ont fait sa gloire. Mais on dirait que toutes ses inspirations passées se sont transformées en tics. Les dialogues absurdes, qui constituent ici les 3/4 du film, sont devenus insipides, mal écrits, beaucoup trop longs, sans intérêt ; l'originalité de son regard et sa maîtrise de l'espace ne se résument plus qu'à des exercices de montage, certes virtuoses, mais vains, comme dans cette répétition de la scène de restaurant de Reservoir Dogs, copiée m18755082_w434_h289_q80al et sans rythme ; ses acteurs, qui semblaient s'amuser du second degré dans les autres films, sont ici intensément agaçants (toute la distribution féminine est à claquer), voire nuls (Zoe Bell ne sait pas quoi faire de son corps et minaude), au mieux gentiment charmeurs (Kurt Russell dans la première partie) ; son humour est enseveli sous des tonnes de clichés sur les femmes, réduites à des danseuses bourrées au regard ovin de mannequin, ou des garces vengeresses fans de grosses bagnoles (rendez-nous Uma Thurman !). Restent bien sûr une 18755083_w434_h289_q80bonne maîtrise des scènes d'action, avec une poursuite de voitures vraiment bien menée, une musique toujours au taquet et quelques idées visuelles bien amenées (un noir et blanc qui passe subitement à la couleur pour dévoiler un jaune éclatant, une scène d'accident énorme). Mais Deathproof se réduit en fin de compte à peu de choses : un hommage sûrement énamouré mais très scolaire au cinéma d'antan (les griffures de pellicule et les faux raccords sont des gadgets qui ne servent à rien), un décervelage un peu gavant, et un catalogue de bimbos. Beaucoup de bruit pour rien.   (Gols - 12/08/07)


death_proof

En parfait accord avec la chronique de mon collègue, la vacuité de ce film tarantinesque l'emportant sur les quelques prouesses du montage ou les clins d'oeil cinéphiliques. Si l'on ne cesse d'avoir des gros plans sur des pieds féminins - en connaissant tout le fétichisme de cette partie du corps chez notre auteur -, on a vraiment l'impression que Tarantino ne cherche qu'à se parodier sur la forme (ou pour la forme) tout en oubliant incroyablement la pulpe. La densité de ces personnages féminins - une ribambelle de jeunes femmes plus faites pour apparaître sur du papier glacé que pour imprimer la pellicule  - est aussi mince que la portée philosophique d'une chanson de Barbelivien. Que l'on soit dans le divertissement "pure", why not, mais on est à même d'attendre plus d'un Tarantino que d'un Luc Besson. Il nous refait le coup d'une danse ultra-hot (devrait être chorégraphe ce type), d'un accident aux effets spéciaux prodigieux et bluffant mais c'est vraiment tout ce qu'on peut garder de ce film avec 3945 pages de dialogues, aussitôt dits aussitôt oubliés. Son film semble fait pour trôner en tête de gondole d'un magasin de location de dvd, mais pas mieux. On a droit d'ailleurs en dvd à la version longue (1h53: "uncut and unrated", qu'ils disent) mais on se dit qu'une version "ultracut" n'aurait pas forcément été plus mal. Reservoir Dogs c'était de qui déjà?   (Shang - 17/09/07)