Vendre des Bibles au porte à porte, voilà bien le genre de taff qui me semble aux antipodes de mes capacités - mineur aussi mais rares sont les personnes qui aiment le charbon. Le docu des frères Maysles, Grey Garden, possède un charme d'un autre temps et c'est plutôt confiant que je m'attaquais à suivre les pas de ces quatre vendeurs qui partent la fleur au fusil dans l'Amérique profonde.

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Si l'on a droit à notre dose de boniments ("qu'est-ce que c'est un dollar par semaine pour quelque chose que l'on garde toute sa vie"; "Pensez à vos enfants qui y trouveront une mine d'informations"... je m'arrête là parce que je vais vomir), on assiste également aux réunions nationales de nos quatre têtes de vainqueur (avec des types qui se lancent comme challenge "moi l'an prochain, je ferai 35.000 dollars", "moi 55.000", je perds vite patience...) et à leur vie quotidienne, ptit déj et parties de poker inclus. On est certes dans l'ultra-réalisme mais malgré tout on s'ennuie ferme au rythme de leur vie ultra-non-trépidante - personnellement, j'ai même été assez vite gavé, ne m'attendant guère à vibrer devant ces pro de la tchatche à deux balles. Il faut toutefois reconnaître que les frères Maysles collent littéralement à leur sujet et parviennent à serrer au plus près la personnalité de nos quatre gars. La palme revient au personnage surnommé malicieusement (?) "The Rabbit" qui tombe peu à peu dans la déprime pour être incapable de fourguer sa camelote à des familles dans la dèche; il  est d'un pathétique qui atteint véritablement les sommets: le voir sombrer peu à peu en enquillant les mêmes blagues nulles, le voir sortir tout ce qu'il a sur le coeur devant des collègues bâillant d'ennui qui rangent leurs bons de commande, bon franchement tout ça finit par sentir un peu la chaussette mouillée d'un mois d'octobre (je me comprends). Doit être vu malgré tout par tout bon commercial avant de se tirer une balle.

Salesman