wajda_krajobrazAprès une scène d'un lyrisme exacerbé - des prisonniers de camps gambadent joyeusement sur de grands airs de violons -, retour rapide à la réalité avec ses hommes qui vont se retrouver baladés par les sauveurs américains "d'un camp à l'autre", jusqu'à atterrir dans un ancien quartier SS. On suit en particulier le parcours d'un ancien poète qui ne cesse de remettre sa propre vie, sa propre pensée en question: toujours attiré par les livres, par l'écriture de poèmes, il ne cesse de ressasser le problème de leur inutilité, lui qui n'a même pas été capable de tuer un ennemi... L'atmosphère du camp est relativement anarchique, la caméra elle-même ayant tendance à virevolter ici ou là, brouillant un peu les pistes narratives (on se retrouve presque dans le même état mental que ces anciens prisonniers, libérés, mais toujours enfermés: vers où se dirige-t-on, quelle direction suivre, quel est le but de cette mascarade...?).

Puis, le film souffle un peu avec la rencontre entre le poète et une jeune femme juive qui a fui d'elle-même la Pologne: après des champs dévastés, ravagés, les quelques moments qu'ils partagent dans cefilm15s bois automnaux sont de véritables bouffées d'air - cependant, si physiquement il est encore dur pour eux d'être capables d'affection, psychologiquement les dissensions sont pires: elle veut à tout prix s'échapper définitivement, en France par exemple, tenter de re-vivre en oubliant même ses origines, apprendre une nouvelle langue, étudier à la Sorbonne, répétant qu'il faut "oublier pour vivre" alors qu'aux yeux de notre pauvre poète l'avenir ne peut se trouver qu'en Pologne... Comme s'il s'agissait de la seule valeur à laquelle il puisse encore se raccrocher... Aurait mieux fait d'écouter la femme, le bougre, et de se barrer en laissant ces champs de ruines derrière lui: de retour au camp, la femme se fait abattre par un Américain zélé et notre poète de se rendre compte que les Polonais n'ont peut-être que juste changé d'occupants (pas de panique, les Ruskov suivront). Bref, la fin n'est qu'une débandade grotesque, entre chants patriotiques et bordel sans nom, on se croirait presque dans un Kusturica.

landscapebattle Le constat est donc plus qu'amer mais il faut aussi reconnaître que le spectateur se perd un peu parfois dans les méandres narratifs de l'ensemble - si ce n'est au final que l'espoir est bien mince; et si espoir il y a, il n'est que dans l'amour, encore faut-il qu'il puisse exister... S'il ne s'agit pas de l'oeuvre la plus facile à suivre du Polonais (avec également de grandes baisses d'intensité dans le rythme), elle renferme malgré tout, visuellement, de moments assez puissants pour rester éveillé - notamment lors de cette histoire d'amour subitement avortée entre ces deux grands acteurs: Daniel Olbrychski et Stanislawa Celinska.