Un bien joli conte du fin fond de l'Australie avec des Aborigènes qui ont le sens de la déconne - lorsqu'ils sont en fil indienne, cela ne les gêne pas d'en lâcher un... - avec de très bêêêlles images en couleur et en noir et blanc - moins pollué et urbanisé que Shanghai apparemment ce petit coin de terre. Pour faire une petite leçon de morale à son jeune frère qui est amoureux de la dernière jeune femme de son aîné (avoir plusieurs femmes sans être musulman ou amish c'est donc possible... bon certes faut savoir parler la langue locale et vu mon niveau de chinois au bout de trois ans, au secours - mon niveau à la lance et au canoë étant faible, il vaut mieux que j'oublie), ce dernier se lance dans une histoire édifiante "des temps reculés" - dont le thème, ça tombe bien, est justement le même. Alors que le jeune homme croit que cette longue histoire lui apprendra la patience, la chute, assez mignonne, va le faire réfléchir à deux fois.

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On a un peu peur au début que de Heer se laisse happer dans ces paysages édéniques, mais rapidement il a l'intelligence de recentrer son/ses histoire/s sur ses personnages dont le physique même est tout un roman - sans parler des noms (juste comme ça pour la plaisir: Ridjimiraril, Birrinbirrin, Yeeralparil...). Bien que vivant dans une région assez isolée -peu de vendeurs de dvds à la ronde- ils ont tout de même parfois des visites de lointains voisins et certaines tensions sont parfois inévitables... Ainsi en advient-il avec cet homme qui porte un cache sexe (les nôtres, ils ont juste une ficelle) et qu'ils regardent avec suspicion: s'il le cache, c'est qu'il doit en avoir une toute petite, et comme ils le pensent tous en choeur, "il faut jamais faire confiance à un homme avec une petite bite" - c'est noté. La disparition d'une des femmes dans la foulée sera le début de temps troublés...

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Quelques séquences particulièrement réussies comme ces deux guerriers qui, victimes de la loi du coin, doivent affronter à quelques mètres les lances ennemies en ayant uniquement la possibilité d'esquiver en dansant sur place.  Superbe danse également que celle réalisée peu de temps avant sa mort par l'un des hommes: sentant sa dernière heure venir, il trouve la force de se lever pour entamer sa propre danse, bientôt reprise, alors qu'il tombe à terre épuisé, par deux guerriers de son clan, dans une lumière bleutée poussiéreuse absolument fantastique. A défaut de donner envie de prendre son sac pour s'installer dans une hutte abo, le film possède un agréable charme, sûrement encore plus puissant sur grand écran, et une gentille morale...

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