18612436L'histoire est classique : un petit trafiquant de drogue se trouve embringué dans des dettes impossibles, et n'a pour s'en sortir d'autres solutions que celle de faire n'importe quoi. Entre amitiés douteuses, fausses marques de respect, junkies terrorisés et putes au grand coeur, ce n'est pas dans le scénario que Winding Refn trouve son originalité, même si celui-ci est somme toute assez bien écrit, comme un bon vieux Scorsese période Mean Streets, le lyrisme en moins.

Côté réalisation, par contre, le gars convainc parfaitement. On est dans l'esthétique Dogma (qui est beaucoup critiquée, mais que je trouve pour ma part tout à fait pertinente, et à l'origine de beaucoup de bons trucs), caméra saccadée à l'épaule, aridité de la forme, speed général, sécheresse de la narration. Malgré quelques entorses aux sacro-saintes règles de Lars (on a droit ici à de la musique, et le réalisateur est sur-crédité au générique), Pusher est totalement dans la continuité de Festen ou des Idiots, ne serait-ce que par la violence de ce qui est montré. Soutenu par un acteur formidable, toujours touchant même dans ses pics de connerie hystériques, le film vous tient par les noisettes et ne vous lâche pas, grâce à un rythme impeccable. Le destin de Frank se déroule chronologiquement, du lundi au dimanche, simplement, sans fioriture, et on est pris avec lui dans cette montée de désespoir sans issue. Pourtant, il y a quelques soupapes d'humour là-dedans, un humour clairement à la Tarantino (dialogues décalés entre les deux petites frappes, détails de personnages improbables...) Malgré ça, Pusher reste assez âpre, sans en rajouter dans le glauque, et assez prenant pour attendre avec impatience que mon vidéo-club me fournisse la suite de la trilogie.   (Gols - 18/07/07)

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Est-ce bien la peine d'en rajouter une couche après ce qu'en a dit mon comparse (si ce n'est que le gars je l'aurais appelé Refn, mais bon je sais que Gols aime les W). Mariage du Dogme et de Reservoir Dogs, le royaume de Danemark est foncièrement pourri et cela n'est pas nouveau (il y a même une scène entre Franck et son amie de trottoir où ils s'amusent avec des crânes, j'invente rien). Dealer, je l'ai toujours dit, quelque soit le pays, c'est un nid à embrouilles et pour qu'un gars comme le Franck soit obligé d'aller chez sa mère pour demander de la thune, il faut vraiment qu'il soit au bout du rouleau (il doit 240.000 couronnes ce qui en yuan doit faire environ le prix d'un immeuble, et sa pov'mère de lui donner tout ce qu'elle a sur elle, 6.000 couronnes, même pas de quoi se payer une galette avec une fève). Auparavant on aura eu droit quand même à un de ses (ex-)potes qui se tire une balle dans la bouche plutôt que de faire face à ses dettes (faut dire que le Franck est accompagné d'un Yougo... serbe (non?, je suis pas fort sur les accents) relativement costaud que j'aimerais pas croiser même dans une kermesse). L'image est certes un peu cradasse par moment, mais Refn trouve des angles de prises de vue particulièrement originaux (dans la voiture par exemple) et soigne malgré tout autant que faire se peut la lumière -il n'y a pas de complaisance dans un désir arty fauché, enfin à mon avis. Si le film trouve un peu de mal à démarrer (allez, la première journée), rapidement Refn met les bouchées doubles et sait user avec parcimonie d'une grosse musique guitareuse pour donner des petits coups d'accélération au bon moment. Il parvient à rendre parfaitement crédible cet enchaînement dans la violence, à donner une âme à ce récit urbain (difficile en effet de pas citer le Scorsese des débuts) et cela même si j'ai été troublé un temps de voir mon pote Armand en Milo (un beau travail d'acteur cela dit, il a même choppé la langue). Bref, la vision du II s'impose.   (Shang - 04/09/07)