Il faut vraiment que les critiques françaises aient pas grand-chose à se mettre sous la dent en période18764825_w434_h289_q80 estivale pour traiter ce film comme un "charmant portrait de l'émoi adolescent", "toujours à la bonne distance", "qui assumme parfaitement sa modestie", etc. (je cite de mémoire, mais ça ressemble à ça). Et Toi t'es sur qui a certes des côtés charmants, un peu comme La Boum à son époque si vous voulez, film d'ailleurs qui semble être une référence à peine voilée ici. Lola Doillon choisit elle aussi de traiter de l'amour adolescent ; mais là où Sophie Marceau se pâmait dès que Pierre Cosso (je m'y connais) lui prêtait son stylo-bille, il en faut un peu plus aux jeunes d'aujourd'hui, qui parlent de teub à tout bout de champ, s'envoient des films porno par mail et rêvent de se faire sucer. D'accord, c'est bien, ça s'intéresse à son époque, ça prend les ados de plein fouet, de ce côté-là, ça a son charme.

Mais passées les premières minutes, où on se laisse convaincre par les jeunes comédiens mignons et sincères, où on sourit aux crâneries libidineuses des mecs et aux rêves de coucheries des filles, le film 18764824_w434_h289_q80n'arrive plus à cacher ses grossières maladresses et son sujet franchement creux. Doillon fille ne sait absolument pas monter un film, c'est évident : placer une musique profonde et rock'n roll et montrer en gros plan une fille perdue dans les rues hostiles après une scène de perte de virginité assez glauque, c'est juste facile et lourd. Un manque de subtilité total baigne ce film, jusqu'au plan final, insupportable de vanité, où le regard caméra sert d'alibi de profondeur à une scène particulièrement vide (les adieux d'ados sur un quai de gare, tu parles d'un sommet émotionnel). Ce que Lola n'a pas vu dans les films de papa, c'est que celui-ci ne se contente pas d'enregistrer la vie; il la prolonge subtilement par d'étranges consonnances métaphysiques, par une tristesse mélancolique amenée par d'autres moyens que ceux, bêtes, de la musique ou des dialogues. Lola passe à côté de tout ce qui faisait la puissance du Jeune Werther par exemple, et échoue complètement à montrer autre chose que les tribulations sexuello-amoureuses d'un groupe d'ados banals. C'est peu intéressant, des ados qui font des crises, pris tels quels. La sensibilité, l'honnêteté, la sincérité, elle l'a ; manque juste à tout ça un vrai regard, un discours, une urgence. La caméra-stylo ne fait plus forcément recette, mais elle a plus d'intérêt que la caméra-enregistreuse. Je me comprends.