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Produit par Ozu et Mizoguchi, moins connu que ces deux derniers ou que Kurosawa ou Naruse, Uchida semble pourtant compter parmi les grands chez nos amis nippons. Ce premier film d'Uchida que je découvre -avec plaisir, parfaitement monsieur- semble sonner le glas du Japon traditionnel, en nous contant une histoire par le petit bout de la lorgnette, à savoir par l'intermédiaire des gens de peu, les second couteaux - ou sabres - si vous préférez; bien qu'il s'agisse de suivre les pas d'un samouraï qui va livrer un quelconque pot en terre cuite dans la grand-ville, l'on se focalise surtout sur les aventures de son porte-lance (m'aurait bien plus ça comme métier, avec vendeur de dvd à la sauvette), un lancier donc, qui va devenir -souvent malgré lui - le héros principal de l'histoire. L'on suit également les pas d'un jeune gamin abandonné qui colle aux basques du lancier, d'une femme musicienne accompagnée de sa chtite qui danse, d'un vieux qui va en ville pour vendre sa fille, d'un mineur qui lui y va pour racheter la sienne, ou encore d'un voleur au corps tatoué.

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Il va surtout s'agir pour Uchida, avec une ironie souvent mordante, de tourner en dérision cet esprit de "caste", ces gens de pouvoir qui tombent rapidement de leur piédestal: que ce soient ces nobles seigneurs qui bloquent le passage pour pratiquer une cérémonie du thé devant le mont Fuji - et qui finiront dans un désordre sans nom par prendre la poudre d'escampette sous quelques gouttes de pluie -; ou encore ce samouraï qui ne cache pas son petit penchant pour l'alcool qui le met dans des états seconds (il est prêt à couper en 12 un marchand parce qu'il a le nez qui rit...); voire également, ce même samouraï qui se voit pris à parti (et réduit en sushi) par 5 autres de son espèce particulièrement avinés (ou plutôt sakénés) parce qu'il ose partager sa table avec son serviteur, ces cinq finissant à leur tour en sashimi  après s'être fait ridiculiser par le lancier, en grosse colère. Si ce dernier combat tragique paraît souvent grand-guignolesque, il en va de même pour l'arrestation du voleur dans des conditions burlesques:  le lancier rentre dans l'auberge la lance la première alors que le bandit s'apprêter à fuir, ce dernier se rendant alors sur le coup -  la récompense qui s'en suit, un pauvre bout de papier remis de façon ultra-guindée par les autorités est tout autant ridicule.

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Uchida sait se faire aussi beaucoup plus touchant lorsqu'il s'attache à ce gamin haut comme trois pommes pour lequel le lancier se prend d'amitié - belle entraide entre les deux, le gamin étant toujours prêt à rendre service et le lancier prenant en charge le gamin lorsque celui-ci a la courante - quelques moments de comédie pure qui nous rapproche du monde d'Ozu. Moment plus intime aussi lorsque le gamin joue sur la plage avec une chtite rencontrée en route et qu'ils discutent ensemble des parents qui leur restent... Solidarité également entre ces "gens de peu" lorsque le mineur, apprenant la mort prématurée de sa fille, propose ses services -et sa thune - pour sauver des griffes de la prostitution une jeune fille qui se sacrifie pour aider ses parents. Ce "road-movie" sur les petits chemins de traverse nippons se révèle peu à peu une formidable satire des travers de la société japonaise et donne envie de se plonger plus avant dans l'oeuvre d'Uchida; ça tombe bien j'ai le coffret des éditions Wild Side.