salo_01Entre deux bouquins, il faut bien rigoler un peu. J'ai toujours adoré Salò o le 120 giornate di Sodoma, et en même temps c'est un film que je trouve effectivement révoltant et quasi-inregardable. L'effet Pasolini, quoi. En tout cas, inutile de rajouter une couche d'analyse sur ce film mythique : tout et n'importe quoi a été dit, et il va sans aucun doute encore une fois déclencher des foudres sur ce blog, comme si la censure de l'époque, qui a plus ou moins coûté la vie au brave PPP, était encore de mise.

Il faut dire que ce film n'a absolument rien perdu de sa subversion. Crade, impur, odieux, limite, il reste absolument inégalé dans la recherche de ce qu'on peut proposer au spectateur en matière de spectacle. Le coeur au bord des lèvres, on regarde fasciné cette monstruosisalo_03té aberrante, on est révolté, choqué... puis on hurle au génie devant une vie qui nous a permis de croiser le travail de Pasolini. Car le sieur, contrairement à l'ensemble de ses congénères, ne cherche pas à être aimé, et va jusqu'au bout du bout de sa pensée, même si celle-ci ne débouche sur rien de reconnaissable dans le cinéma. Pasolini est le seul cinéaste (avec Resnais, disons) qui ait réussi à parler du nazisme dans ce qu'il a de plus monstrueux, le seul qui ait réussit à montrer l'immontrable, frontalement, sans prendre de poses faussement pudiques et concernées. Le régime hitlérien a débouché sur des horreurs ? Le seul moyen d'en parler, c'est de les montrer, crûment, dans tout leur nihilisme, dans tout leur jusqu'au-boutisme. Salò o le 120 giornate di Sodoma met en scène le résultat de la théorie nietzchéenne de l'élitisme bourgeoissalo_04, de la politique anti-sentimentale du nazisme, de la philosophie d'écorché vif de Sade. Le film est d'une sincérité totale, aussi bien dans son esthétique (dans cette photo affreuse, ces acteurs grotesques, ces allusions à Bosch ou à Bacon) que dans son fond, et on est même troublé de trouver quelques points de rencontre avec les bourreaux présentés : anti-cléricalisme, refus du sentimentalisme, amour de la vie dans ses aspects les plus dyonisiaques (qui débouchent malheureusement chez ceux qui l'utilisent mal sur une débauche sado-scato-morbide bien sûr condamnable).

Les lectures du film seraient bien entendu innombrables. Sa principale force est visuelle, mais les arcanes qu'on sent dans chaque plan sont profondes, immenses. Critique du nazisme aussi bien qu'attaque de l'immobilisme, manifeste pour la liberté du cinéma aussi bien qu'exercice desalo provocation, recherche sur le regard aussi bien que journal intime... on n'arrête pas de trouver de nouvelles pistes dans ce brulôt testamentaire. C'est assurément une date dans l'histoire de ce bon vieux 7ème art, qui a ouvert la voie à une nouvelle façon d'aborder le rapport au spectateur, à l'instar d'un Bunuel par exemple. Sûr que cet article va rameuter des mots-clé douteux, mais je défie quiconque d'avoir le moindre début d'érection devant ce petit musée des horreurs. Génialissime et vaste comme le mal. Respect total.