Lui-même fils illégitime d'un fermier suédois et de sa servante (je potasse, hum), on comprend que Dreyer décline le thème dans son premier long-métrage ("la lutte des classes, c'est pas fait pour les chiens " comme disait l'autre) confrontant les conventions de la société aristo et les choix moraux personnels.

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"Fallait pas coucher avec la bonne!" - ça j'ai beau le répéter nuit et jour, d'autant qu'elle tombe toujours enceinte, mais personne m'écoute. C'est justement ce qui arrive de père en fils chez les Sendlingen: un père au seuil de sa mort fait promettre à son fils de ne pas se marier avec une femme qui n'est pas de son milieu social; le fils craque forcément sur une servante mais lâche l'affaire, ne la marie point et la laisse à son sort, enceinte. Devenu juge d'une petite ville, il apprend le drame: une femme risque la peine de mort pour avoir tué son bébé, et cette femme, nom de Zeus, c'est justement sa propre fille - que la vie est cruelle parfois! Tuer son enfant c'est pas bien (on est d'accord) mais là il faut avouer que les circonstances sont un poil étranges et difficilement crédibles : mise à la porte de l'endroit où elle travaillait, enceinte également du fils de l'aristo chez qui elle bossait, la femme a été retouvée au petit matin, évanouie, avec son bébé mort à ses côtés: si ça c'est un infanticide c'est que Sarko était déjà président. Bref, elle est condamnée à mort (sale justice) et le juge va tout faire pour la libérer, quitte à tomber de son rang et à tout sacrifier (c'est beau et louable d'autant qu'à l'époque on a pas l'air de beaucoup rigoler).

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En dehors des intertitres pour les passages épistolaires qui sont difficilement lisibles (c'est franchement bêta), la copie teintée est d'une grande qualité et quelques plans -comme ce défilé de flambeaux, lumières rouges qui envahissent peu à peu l'écran par les côtés de l'écran,  ou le jeu sur les ombres dans un bleu nuit du meilleur effet - sont franchement remarquables. Chez ce réalisateur dont on critique souvent la rigueur et le dépouillement, il y a même quelques plans d'une belle sensualité (la lavandière ou le baiser sur la barque) sans parler des plans sur les animaux -notamment les trois chiens, ou le coq sur la table- qui apportent un peu de tendresse dans ce monde rigoriste de brutes. Bref, un premier film à la structure narrative relativement complexe (de nombreux flash-back émaillent le récit) mais qui, tout en étant assez avare d'intertitres, reste facilement compréhensible - et c'est po rien. Prometteur ce petit Carl. Des questions ?

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