Je ne vous promets pas la fête du slip si jamais vous tombez sur La Captive. On est dans l'art et essai danscaptive le bon vieux sens du terme, c'est-à-dire dans le cinéma qui ne cherche pas à séduire, mais qui trace sa voie en esthète exigeant, qui tente des trucs (le côté "essai" de la chose) et les réussit souvent (le côté "art").

Soit donc un couple mutique, composé d'une jeune femme mystérieuse-parce-que-femme (la grande Sylvie Testud) et de son amoureux impénétrable (Stanislas Mehrar, dans le rôle de la page blanche). Tout pourrait bien se passer, si le gars n'était pas obnubilé par la jalousie, ou plutôt par ses questionnements sur les comportements féminins. Rongé par le doute, terrassé par le mystère de la Femme, il en est réduit à traquer sa fiancée dans les moindres de ses agissements, la harcelant de questions dès qu'elle sort avec ses copines, la guettant inlassablement à travers les vitres fumées de sa Limousine de maître. On s'aperçoit bien vite que le vrai captif, c'est lui, la jeune demoiselle s'avérant tout à fait satisfaite de son sort d'être désiré.

Le film est très très class, tant dans ses décors à la symbolique subtile (une riche demeure pourtant étrangement moderne et dépouillée) que dans ses musiques (Schubert est bien le plus grand compositeur de musique de film), dans ses dialogues (5 captive_1lignes en tout, mais qui sont le parfait reflet de l'état des personnages) que dans son rythme (très lent, antonionesque dans sa radicalité). Akerman dresse un écheveau raffiné de motifs pour exprimer ses thèmes, et réussit un manifeste de "froideur romantique" tout en montrant une originalité de sujet épatante. Ceci dit, une fois le sujet planté, le film se répète un peu, et tout son centre est assez ennuyeux. Oui, il faut bien le dire : on se fait un peu chier, malgré l'intelligence évidente de l'ensemble. Il faut attendre l'heure et demie pour que la demoiselle relance enfin son histoire, en écrivant la plus belle scène : une fausse rupture amoureuse où tous les arcanes se dévoilent en finesse. Entre temps, on est certes bluffé par la beauté de ce film expérimental et audacieux, mais aussi un peu largué par ces personnages horssylvie1 d'âge. Akerman en a quand même profité pour réinventer une sorte de "jeu blanc" à la Antonioni qui fait merveille et qui ferait hurler n'importe quel prof d'art dramatique.

A voir, bien entendu, mais en grande forme et les yeux grands ouverts.