City_Violence_GLe truc avec les cinéastes d'action coréens, c'est qu'ils se sentent systématiquement obligés de surenchérir dans l'épate par rapport à leurs prédecesseurs. C'est pas vraiment ce qu'on leur demande, mais ma foi c'est leur vision du cinéma, et ça donne somme toute des spectacles assez rigolos. Comme ce City of Violence, qui se place de toute évidence comme un concurrent direct de Old Boy, déjà bien allumé question esthétique. Cassons le suspense du duel tout de suite : au niveau scénario, ce film-là n'est pas du tout à la hauteur de l'autre. Une vague histoire secondaire d'amitié d'enfance qui se disloque sous les contraintes économico-maffieuses, et Ryu ne cherche pas plus loin. C'est bien dommage, car derrière cette histoire simplissime pouvait se cacher une trame à la Scorsese, que Ryu n'explore jamais. Du coup, on se tamponne un peu le coquillard des rapports entre les personnages, on ne s'attache pas aux héros, et on attend seulement qu'ils se mettent sur la gueule sans trembler pour l'un ou pour l'autre.

Par contre, totale satisfaction côté mise en scène : entre un flash-back kitchissime à la San Ku-Kai et un fiCity_Violence_08ght final d'une bonne demi-heure, entre un montage bluffant d'invention et une façon de raconter complètement morcelée, le gars finit par construire un style ébouriffant. Les idées fonctionnent une fois sur trois seulement, mais tant pis : voilà un film qui ne rougit pas devant son ambition purement spectaculaire, et qui, comme on dit, en donne pour son argent. Pour une fois, les scènes de bagarre, bien que montées dans une furie totale, sont très lisibles, et impressionnantes par leur virtuosité. Pas de gros flingues à la John Woo ici, que du bon vieux coup de poing (voire de bambou) dans ta face, on se bat à l'ancienne, avec force retourné arrière de ta mère et moult cris de douleur. Certes, Ryu en fait beaucoup pour épater le chaland (la grosse bagarre dans la rue avec 5 clans différents est un poil too much, on se croirait dans un jeu de PlayStation qui aurait buggé), on le sent un peu trop ado dans sa volonté forcenée de nous en foutre plein les City_Violence_05mirettes, mais bon : si ça marche, pourquoi se priver ? d'autant que le moindre coup de poing ici vaut toutes les fusées du feu d'artifice que ma charmante commune a décidé de tirer ce soir (minable, 32 secondes au compteur, et une bizarre propension à ne tirer que des fusées bleues alors que les petits machins rouges qui partaient en vrilles étaient bien meilleurs, tout ça sur du Mylène Farmer et un texte sûrement écrit par Paolo Coelho (j'avais promis une critique du feu d'artifice)). Bref, du gros truc qui tâche, mais bien plaisant ma foi.