05 juillet 2007

Alice's Restaurant d'Arthur Penn - 1969

dumpcl

Encore un metteur en scène valable qui manquait jusqu'à présent dans ce blog, me remerciez pas. Bon il faut reconnaître que Alice's Restaurant n'est pas forcément le chef d'oeuvre de Penn, même si encore aujourd'hui il se regarde très gentiment. Un peu attendu dans sa trame et dans ses personnages, il reste un joli témoignage d'une époque bénie, celle des hippies aux cheveux longs conduisant des mini-bus à fleurs en fredonnant du Joni Mitchell et en arborant un sourire béat. Penn arrive bien à retranscrire cette époque, cet état d'esprit, aussi bien dans ses côtés positifs (l'utopie de la communauté pacifiste, la douceur, l'amour, la camaraderie, la musique) que dans ses côtés négatifs (drogue, alcool, auto-destruction des idées elles-mêmes qui se heurtent au monde contemporain).

La réalisation laisse franchement à désirer, sûrement à cause de l'embarras évident de Penn face à ses acteurs, très mauvais : Arlo Guthrie est malheureusement plus chanteur qu'acteur, et le réalisateur est obligé de couper beaucoup trop tôt ses plans pour éviter de trop exposer ses béances d'expression, ou de monter des plans de lui trop serrés dès qu'il arrive à capter une mimique (Guthrie en a deux : il fronce le sourcil ou il sourit bêtement). Du coup, le film est étrangement morcelé, trop rapide dans son montage, hyper-maladroit la plupart du temps (une scène de course de motos, par exemple, affreusement mal rendue). Ceci dit, il y a parfois quelques plans très beaux, comme le dernier du film, long face-à-face lointain entre Alice, désemparée face à la perte de ses repères, et la caméra qui l'observe discrètement à travers des arbres. Là, Penn prend le temps d'évoquer plus que d'expliquer, magnifique.

C'est plutôt dans quelques idées de scénario assez fine que Alice's Restaurant finit par convaincre. Commealices cette séquence de Thanksgiving, dans une église désacralisée, où le film opère un subtil glissement entre la mystique religieuse et la mystique païenne, et trouve peut-être la signification profonde du mouvement hippie : une religion parallèle, débarassée de ses icônes (si ce ne sont celles de la jeunesse, de la vie et de la musique). Autre belle idée : Woody Guthrie, le père mythique, est en train de mourir à l'hôpital, symbole d'une époque qui se termine (on reconnaît le cinéaste de Missouri Breaks) ; face à lui, Arlo se rend compte que ses idées libertaires font pâle figure devant une société qui ingurgite petit à petit les codes de son mouvement, qui accepte la présence des baba-cools, qui ne les engage pas pour partir au Viet-Nâm. La plus belle phrase du film surgit alors : "Maintenant qu'on ne m'oblige plus à faire ce que je ne veux pas faire, je me demande ce que je vais faire". Pas mal, non ? En 1969, Penn comprend déjà que le mouvement hippie touche à sa fin, justement parce que le monde l'accepte. Futé. Dès lors, le film prend un virage radical, et se termine dans le drame, genre qui convainc plus ici que la comédie.

Posté par Shangols à 22:30 - - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Alice's Restaurant d'Arthur Penn - 1969

m'est avis que le flower power a quand même eu ses icônes religieuses, tiens pour faire vite et simple je pourrais te citer ce bon vieux George Harrison qui célèbrait Krishna dans my sweet lord, de même jamais le Népal (pays des dieux, s'il en est) n'avait reçu autant de visiteurs qu'à cette époque, quant à Hesse, si son loup des steppes a été un des bouquins les plus prisés des hippies, c'est parce que son discours est carrément inspiré par le bouddhisme ... maintenant, qu'arthur penn enterre la génération des barbus comme on le ferait de tout mouvement musical, c'est son droit, mais ça ne m'empêchera pas de penser qu'il le fait un peu vite, certes joliment (puisqu'il y aura cette phrase), mais un peu vite, bon sang, en 1969, l'année de son film, il ne pouvait pas ignorer ce tout le monde savait déjà, que jamais plus rien ne serait comme avant.

Posté par karamzin, 06 juillet 2007 à 02:52
dites les gars...

panne sèche ou autoroute des vacances?

Posté par karamzin, 09 juillet 2007 à 02:08
En tournée

Shang se la coule douce en Malaisie pour encore une semaine et Gols doit etre pour l'heure a Avignon, festival oblige... Et ouais... Mais bon pour info Shang et Gols se retrouveront pour la premiere fois depuis la creation de ce blog debut aout à Shanghai... Possible que le programme biere prenne alors le pas sur le ciné.... Mais on reste fidele au poste j'ai encore une pile de dvd ca comme qui m'attend.... Une bise ensoleillée!

Posté par Shang, 09 juillet 2007 à 12:22
et le lecteur assidu dans tout ça ?

vous vous en foutez hein ! ceci dit, bonnes vacances à toi shang, bon festival à toi Gols et puis surtout bonne teuf à vous deux, à la revoyure les gars

Posté par karamzin, 10 juillet 2007 à 00:15
Hélas non...

Perso, je n'ai pas beaucoup apprécié, je suis moi même étonné car en général, j'adore Penn, je retenterai dans 10 ans lol

Posté par Hartigan, 10 juillet 2007 à 12:14
de là-bas

karamzin, oui, en direct d'Avignon, merci pour ces mots de fidèle. Je rentre bientôt, ça va être énorme.
Hartigan, avec le recul, on est assez d'accord. Alice's Restaurant n'est pas terrible...

Posté par Gols, 11 juillet 2007 à 12:02
une rentrée mi-juillet?, en voilà une nouvelle qu'elle est bonne!

y aurait-il du rené char en perspective ? le festival aurait t'il été aussi bon que ça ? bon, quoi qu'il en soit, faites chauffer les claviers les gars...

Posté par karamzin, 13 juillet 2007 à 02:47
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