untitledEncore un bidule improbable et impur comme je les aime. Peau de Cochon fait partie de ces expériences hyper-personnelles, maniant le "je" avec une originalité et une joie permanentes. On n'en attendait pas moins de Katerine, artiste branque s'il en est.

13 "sketches" tentent de dessiner en creux le portrait du sieur, en travaillant sur des bases très diverses : souvenirs d'enfance, témoignages d'amis, fantasmes de scénario, fausses impros, expérimentations diverses. Ce qui ressort de cet ensemble forcément inégal, c'est la simplicité des procédés, la légèreté drôlissime de la plupart des scènes. C'est bien sûr dans son rapport à l'enfance que Katerine touche le plus. Véritable manifeste contre le sérieux de la maturité, ce film montre par exemple : un quartier, filméh_3_ill_640473_peau_de_cochon_dr maladroitement en caméra subjective, et accompagné de la voix essoufflée de Katerine égrénant ses souvenirs de gamins ; le témoignage d'une petite fille inventant une histoire impossible, reprise ensuite intégralement par Katerine ; une écoute du premier morceau enregistré par Dominique A à 12 ans, repris tout en douceur par le chanteur ; un manifeste régressif montrant à un Thierry Jousse intellectualissime la splendide collection d'étrons de Katerine ; un spectacle pourri d'un de ses copains avec une lampe de chevet... etc, le reste à l'avenant. Sous ses aspects d'amateurisme innocent, sous un semblant d'abandon de toute forme cinématographique, de film "brut", Peau de Cochon émeut profondément par cet attachement forcené à un état premier, à une enfance joyeuse et irresponsable. Le film, du coup, est souvent sombre, puisque le constat final est qu'il faut faire beaucoup peaudecochongal1d'efforts pour rester dans cette bulle de jeunesse (accepter les doutes sur la fidélité de sa femme, supporter les accès de violence de ses copains, faire une croix sur certains épisodes du passé...)

Certaines parties sont ratées, comme cette errance à bord d'une voiture où Katerine raconte son opération à coeur ouvert (une partie de son coeur ayant été remplacée par une peau de cochon, donc), cette fausse bagarre entre potes, ou cette filature à Montmartre. Mais la plupart arrivent bien à retrouver cette ambiance toute en légèreté un poil dandy qui fait la marque du gars. Avec une préférence pour deux scènes magnifiques : l'une où Katerine, sur un pont dominant la nationale, tente de faire coucou aux gens qui passent en voiture, en comptant les points chaque fois que ceux-ci lui répondent ; l'autre une promenade parisienne où chaque élément de décor devient un objet de fantasme2 enfantin sous la seule parole du réalisateur (un réverbère devient un manège, une pissotière un cheval de trait...). Dans ces moments-là, réalisés simplement, comme en direct, la mélancolie pointe son nez, et on sent bien qu'on va être obligé, à un moment ou à un autre, de faire le deuil de quelques parties de son enfance, et que ça risque bien de faire un peu mal.

Peau de Cochon est de toute façon un film éminemment personnel, écrit à la première personne en même temps qu'attentif au monde et aux gens, un très joli moment de douceur teintée de noir.