wajda_boxRèglement de compte, le soir du 8 Mai 1945 - fin officielle de la guerre -, entre jeunes résistants et membres anciens du Parti Communiste alors au pouvoir. Le James Dean polonais (si, ça existe en la personne de Zbigniew Cybulski), lunettes fumées et dégaine à la cool, a pour mission de descendre un des leaders locaux du parti. Après une première boulette -il s'est trompé de voiture et a tué deux jeunes ouvriers- il est prêt à se rattrapper lors de cette longue nuit de fête dans cet hôtel. Seulement le hasard veut que le soir même, il fasse la connaissance d'une charmante serveuse qui pourrait changer le cours de son destin - lui que plus personne n'attend.

Wajda en adaptant ce livre très populaire à l'époque de Jerzi Andrzejewski déjoue la censure en se focalisant non pas sur le membre du parti mais sur ce jeune rebelle qui deviendra une sorte d'emblème en son pays. Il280px_Ashes_And_Diamonds_screenshot faut surtout reconnaître un don chez Wajda (qui a fait des études de peintre) dans la composition des plans: ce Christ, la tête en bas, alors que les deux jeunes héros font leur entrée au fond de l'église, comme si le monde était à jamais bouleversé, comme si la rédemption était en quelque sorte impossible pour cette jeune génération sacrifiée, est une image d'une force extrême. Magnifique idée également que ce drap blanc tâché de sang (Tarkovski, toujours plus malin que tout le monde alors que le film est en noir est blanc, y voyait le symbole du drapeau de la Pologne) qui recouvre le jeune héros avant que ce dernier n'achève sa course sur un tas d'immondices, ashes_1_comme si son combat -passé et présent- était une cause perdue... On retrouve également un cheval blanc qui fait étrangement son apparition dans le cadre alors que nos deux amoureux se disent adieu... Comme je veux pas dire trop de conneries (sinon Karamzin va encore me tomber dessus), d'après la commentatrice érudite, ce cheval blanc symboliserait la Pologne, pays sans guide... Moi j'y vois plutôt un symbole d'espoir (Cybulski peut refaire sa vie), un ange de la mort  (mais en fait...), un... nan je déconne, je vais po recommencer: c'est un symbole et chacun pourra y mettre ce qu'il veut, voilà, je suis vexé maintenant, na. Influencés par Citizen Kane et les films noirs de l'époque tels qu'Asphalt Jungle, Wajda et son chef op jouent des contrastes et de la profondeur de champ avec un certain plaisir (magnifique scène du téléphone avec le héros au second plan) et signe une scène exemplaire lorsque le leader coco finit par s'écrouler dans les bras du tueur, comme si les frères ennemis était indéfiniment liés par le sang.

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Bref suffisament de profondeur (dans le fond et dans la forme) pour faire de cette troisième partie de la trilogie, un film des plus intéressant, même si je dois reconnaître un petit penchant pour Kanal : oeuvre peut-être moins trouble, moins symbolique dans son traitement, mais beaucoup plus angoissante.

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