1Même si je reconnais à Pas de Repos pour les Braves une originalité de ton très sympa, même si je prends note de l'arrivée d'un nouveau ton dans le pâle paysage du cinéma français, je n'ai pas été très convaincu par cet objet étrange et décalé. Tout y est pourtant pour faire un film comme je les aime : mépris total de la logique dans la trame, humour distancé assez proche d'un Tati, bon sens du cadre et du paysage. Les dialogues sont absolument parfaits ("Pour accéder à un poste de veilleur de nuit, faut se lever matin", c'est pas mal), et on est souvent amusé par ce ton en dehors de tout schéma, qui brouille complètement les pistes de la narration classique, fait mourir un personnage trois fois, organise des courses-poursuites dans la campagne landaise (où les villages sont rebaptisés Buenos-Aires ou New-York), met en scène des orgies dans des bistrots paumés.

Mais à trop vouloir s'amuser avec les frontières du rêve et de la réalité, Guiraudie finit par faire tout et son3 contraire, et on se dit à chaque scène qu'il aurait pu tourner une toute autre scène sans casser son film. Manque la nécessité, voilà. Il y a sûrement un secret dans ce film que je n'ai pas su voir, un secret a priori cinéphile : les références du gars vont autant aux délires du Bertrand Blier de Buffet Froid qu'aux films de genre à la française genre Verneuil ou Boisset, tout en gardant un oeil sur le cinéma américain (thèmes de westerns ou de films de gangs, noms des personnages (le principal s'appelle Johnny Got)). Mais ce secret m'est resté opaque. Un moment agréable, qui va m'inciter à me taper les autres films de Guiraudie pour en savoir plus, mais un peu frustrant aussi.