noes7_shot6lAprès Ponette de Doillon, je me tape Freddy 7, ne me dites pas que je n'aime qu'une sorte de cinéma. Cet opus a la particularité d'être réalisé par Craven lui-même, inventeur du personnage et réalisateur du premier film (une de mes grandes terreurs d'adolescent).

C'est vrai que New Nightmare a de réelles qualités, au niveau scénaristique en tout cas. Craven s'y amuse avec le mythe qu'il a créé, l'horrible Freddy venant cette fois-ci hanter les rêves des comédiens du film eux-mêmes. La mise en abyme est assez vertigineuse : l'héroïne ne peut s'en sortir qu'en lisant le scénario en train de se dérouler, Robert Englund est confronté avec son propre double maléfique, les personnages semblent prisonniers des images de la télé qui diffuse en boucle Les Griffes de la Nuit... Le principe de base est assez bon : Craven, dans son propre rôle, explique lui-même qu'il s'est fait dépasser par son invention ; Freddy est resté prisonnier de la fiction pendant les piètres séquelles (Freddy 2 à 6), etnoes7_shot9l tente maintenant de venir dans la réalité. Or il s'avère que le "vrai" Freddy est beaucoup plus effrayant que le personnage interprété par Englund (son costume est d'ailleurs beaucoup plus class : il est cette fois-ci tout de cuir vêtu). On retrouve dans ce principe de poupées russes les inspirations de Scream 3, et c'est assez astucieux. Ajoutons à cela un habile renversement des principes maternels (la maman, pour le coup, doit obliger son enfant à rester dans la réalité plutôt que dans le monde des rêves), et un travail amusant sur le monde onirique (serpents, caves, feu, escalier infernal, grottes inquiétantes...), et New Nightmare devient parfois assez intéressant.

Malheureusement, ces jolies idées de scénario sont horriblement gâchées par une réalisation kitchissime, noes7_shot5ldatée à mort et complètement ringarde. Craven manque très évidemment de moyens, et les effets spéciaux semblent dater des années 80 (transparences ridicules dans la scène sur l'autoroute, maquillages minables qui rendent Freddy poilant, abus du latex...). Et puis finalement, l'imaginaire du gars pour ce qui est des moyens pour déclencher la peur a fait son temps : qui est encore effrayé par cette musique onirique sur-exploitée, par ces petits enfants qui hurlent "maman" avec le regard fixe, par ces monstres ricanants, etc etc ? Toute la panoplie y passe, sans jamais faire autre chose que déclencher un rictus de gêne devant ces ficelles de pépé. New Nightmare est un film qui semble avoir 30 ans pour le moins. Du coup, on n'a jamais peur, d'autant que Craven ne démarre réellement ses scènes gores qu'au bout d'1h15, meublant toute sa première partie par des astuces de scénario, certes parfois rigolotes, mais qui ne suffisent pas à passionner. Les acteurs, quant à eux, sontnoes7_shot4l nuls, tout simplement, caricaturaux en diable, jamais sympathiques. Ce petit garçon est dans la grande tradition des mômes de film d'horreur dont on rêve qu'ils finissent par se faire écharper par le méchant (ce qui n'est jamais le cas).

Au niveau thérapeutique, New Nightmare est sûrement un film utile pour Wes Craven qui se débarasse ainsi de ce personnage trop lourd dans sa carrière, et lui permet de s'affirmer comme l'artisan non-commerçant qu'on avait oublié dans les innombrables suites des Griffes de la Nuit. Au niveau du cinéma, cette étape semble bien inutile pour redorer le blason d'un cinéaste finalement assez pauvre en imagination.