darko_w434_h578_q80Bon, on va peut-être me traiter de fou, mais j'ai beaucoup aimé Donnie Darko. Sous des dehors de teenage movie à pop-corns, ce film très intrigant arrive mystérieusement à vous happer dans son univers, un univers de rêverie, où les effets spéciaux, très simples, sont magnifiquement utilisés pour mettre à jour la personnalité et la psychologie d'un ado.

Beaucoup de choses échappent dans cet objet hybride, et c'est tant mieux. Kelly préfère les ambiances à la logique, et choisit de nous entraîner dans l'inconscient de son personnage (et d'une certaine Amérique, on n'est pas dupe), à la manière d'un Cronenberg, par exemple, pas moins. Le scénario, même brumeux, laisse toute sa place à ces purs moments hors du temps et de la réalité, où Donnie projette ses fantasmes et ses pulsions adolescentes sur l'extérieur. Ca peut être un lapin morbide (Lewis Carroll est décidément un bon scénariste, voir Inland Empire de Lynch), ou une spirale liquide qui sort de la poitrine des gens qui l'entourent. Donnie se laisse doucement emporter par ces visions, jusqu'au crime. Tout ça étant appuyé par une métaphysique assez profonde (que veut Dieu ? peut-on embrasser le temps dans son essence ?). Les questionnements refoulés, les désirs irrépréssibles et les douleurs adolescentes sont bien là, et on applaudit à deux mains de constater qu'ENFIN un réalisateur a compris ce qui se passe dans la tête des enfants américains (et autres, d'ailleurs)

Sur ce sujet on ne peut plus mélancolique, Kelly bâtit une mise en scène remarquable, utilisant les effetsdarko3_w434_h289_q80 (ralentis, accélérés, champs/contre-champs entre réalité et fantasme) toujours avec parcimonie et à bon escient. La musique est à tomber, et les choix de mettre de "l'opéra" sur les scènes les plus tendues fonctionne très bien. Le film s'arrête à de nombreuses reprises, pour laisser la place à d'autres temps (une danseuse obèse, un ciel nuageux...), et tout devient comme suspendu, hors du monde. Le film finit par rester durablement en tête, plus par ses rythmes syncopés et sa variété de tons que par sa trame. On passe sans transition de la comédie au thriller, du fantastique à la bluette romantique. Chapeau bas : arriver à creuser un sillon aussi personnel dans un genre si balisé (la comédie adolescente) relève de l'exploit.