008390Bon, il me faut bien reconnaître que j'attendais beaucoup de ce film, comme un vrai souffle de fraîcheur sur le cinéma français, et si Lady Chatterley n'est pas exempt de scènes fortes, 2h40 c'est un peu long pour une histoire d'amour champêtre. Certes Ferran ne tombe jamais dans la facilité, Dieu soit loué, en choisissant une héroïne loin de l'image d'Epinal qui ne surjoue en rien "une passion ultra-lyrique et enfiêvrée", mais ce pari de la candeur, d'une certaine mièvrerie même, n'en fait pas pour autant un personnage très attachant. La Lady tente de sortir des sentiers battus, remettant en cause le rôle dominateur du mâle, sa classe et sa position sociale qu'elle a héritées, se lance même dans un petit laïus sur le socialisme mais l'ensemble manque un peu de nerfs, d'énergie, comme étouffé par la nature environnante; attention, je n'ai rien contre des plans fixes sur un arbre ou un écureuil, ni à la constante attention faite aux bruits de la nature - que la campagne ait un effet apaisant c'est pas moi qui vais vous dire le contraire vivant dans un brouhaha perpétuel de coups de freins de bus, de klaxons ou de bâtiments qu'on explose - mais il y a un petit côté léthargique que je ne peux m'empêcher de souligner au passage...

Ceci dit, il y a quand même des scènes d'une grande intensité entre nos deux amoureux notamment, comme cette magnifique séquence dans la cabane où face à face dans leur chemise blanche, l'homme - des bois - annonce à la ladylady06 qu'elle peut le toucher; certes Pascale Ferran a piqué cette mise en scène à mon pote Bibice dans son spectacle Xitation mais l'idée reste bonne. Scène de folie lorsque nos deux amants s'ébattent nus sous la pluie créant leur propre paradis, un paradis qu'ils ne pourront que perdre et jamais retrouver: alors que la scène pouvait paraître convenue au départ, la mise en scène de Ferran en fait un véritable moment de grâce; séquence plus intime lorsque au pied d'un arbre, ils tentent de faire des plans sur la comète, espérant follement pouvoir un jour vivre ensemble,  la lucidité finissant par prendre le pas, le tout s'achevant dans une profonde tristesse. Bien aimé également ces passages en "super 8" saturés de couleurs lorsque la Lady part en voyage sur le continent avec sa soeur: une petite bouffée d'air pur dans ce climat campagnard qui finit par devenir un poil étouffant. Enfin, comment ne pas parler de l'Hippo, mari cocufié sur sa chaise roulante, dont l'aveuglement n'a d'égal que son entêtement; ainsi cette scène d'une certaine drôlerie tragique lorsqu'il décide, sourd à tout conseil, de gravir une colline sur sa machine pétaradante: les deux mains des deux amants qui se cotoient lorsqu'ils finissent par pousser le véhicule est une des plus belles et des plus légères du film qui a du mal parfois à aller vraiment de l'avant.

lady_chatterleyUne certaine déception par rapport à une attente qui plaçait la barre très haut, mais le film possède suffisamment de charme pour ne po bouder son plaisir et reconnaître le talent de Ferran d'aller jusqu'au bout de son projet très (trop?) épuré : la mise à nue des sentiments tout autant que celle des corps ne pouvant peut-être s'atteindre qu'à ce prix.