afficheReygadas termine son film sur le sublimissime "Cantus in memoriam Benjamin Britten" d'Arvö Part, et rien que pour ça, Japón vaut le détour. Mais ce n'est certes pas la seule qualité de ce film-OVNI, très mystérieux, qui accepte de ne pas tout dévoiler de ses volontés profondes, et qui, à l'instar de toute une veine du cinéma hyper-contemporain (Kawase, Kiarostami, Weerasetakhul...), sait utiliser l'ellipse et la suggestion en maître.

Le personnage, très kiarostamien d'ailleurs, décide de se débarasser d'un passé trop lourd (lié visiblement à une femme) en s'isolant dans un hameau limite hostile en pleine pampa. C'est là qu'il a décidé de finir ses jours en se tirant une balle dans la tête. Mais le geste fatal est retardé par sa rencontre avec une petite vieille qui paye pas de mine. C'est tout ? C'est tout. Sur cette trame aride (mais pleine de tout petits détails à peine dévoilés qui l'enrichissent subtilement tout au long du film), Reygadas tresse un objet étrange, qui doit autant à la contemplation de la nature qu'à un voyage intérieur qui va doucement imprégner celle-ci. Visiblement fou de panoramiques, le gusse cadre avec une lenteur terriblement belle des visages tourmentés, des bouts de paysages, des animaux qui meurrent (la SPA n'existe apparemment pas au Mexique), mettant son point d'honneur à ne rien dévoiler de son scénario. Dans Japón, c'est la mise en scène qui mène le jeu, ce qui est d'ailleurs confirmé de façon quelque peu roublarde par un ouvrier qui se plaint que la direction du film ne lui donne pas assez à manger. Et la mise en scène est formidable : hormis ces panoramiques souvent parfaitement placés, Reygadas montre une maîtrise totale du cadrage, et un sens du rythme impeccable. Même s'il n'évite pasp2 toujours l'esbrouffe (dans une prise de vue en hélicoptère notamment, qui vient bêtement annuler tout le travail sur l'intériorité du personnage qui était mis en place), et même s'il faut reconnaître que ce genre de cinéma ne peut que laisser une partie du public sur la touche, le film aligne des effets bluffants et qui fonctionnent dans la plupart des cas.

Jusqu'à ce fameux plan/Arvö Part, que Tarkovski n'aurait pas renié : 5 minutes de travelling lattéral, allié à un panoramique incessant, couplé avec des zooms, le tout filmé d'un wagon en marche, sur un paysage jonché de cadavres. C'est beaucoup, certes, mais le fait est qu'on est soufflé. Alors d'accord, ce n'est pas le film le plus facile de la chrétienté, mais c'est un "bidule" intrigant, souvent génial, parfois énervant, en tout cas audacieux et expérimental dans le (très) bon sens du terme.