chateau2Shakespeare réussit à AK qui signe ici le film au climat le plus pourri de toute l'histoire du cinéma; c'est bien simple, c'est à se demander si ce n'est pas Kurosawa qui a inventé la pluie et le brouillard pour rendre ses images plus cinégéniques - j'attendais un matin brumeux pour le revoir et comme il y en a 300 sur 365 à Shanghai je n'ai po eu à attendre trop longtemps, dieu soit loué.

Une prophétie annonce à Washizu (Toshiro Mifune plus grand que grand) qu'il deviendra le nouveau commandant du château, avant que le fils d'un de ses généraux les plus proches ne prenne sa place: sur une musique affutée et stressante à souhait, sa rencontre avec l'ermite dans la forêt, entouré par des nappes de coton, est le genre de scchateau3ène qui marque profondément l'esprit - d'autant que la lumière éclatante qui se pose sur cet esprit divinatoire, sans parler de sa cahute qui s'envole en un mouvement de caméra, est éblouissante à tout point de vue. Dubitatif dans un premier temps, Washizu sera poussé par l'ambition dévorante de sa femme, Asaji (intenable), pour accomplir son destin. Il faut voir cette dernière se déplacer comme un poulpe pour aller chercher le saké qui endormira les gardes puis la voir partir comme une furie pour  donner l'alerte de l'assassinat du seigneur. Le Toshiro n'est point en reste, hébété comme une cruche en revenant avec cette lance meurtrière, oubliant même de se laver ses mains souillées de sang, avant d'achever les gardes - sa femme ayant pris soin de placer la lance dans leur main pour faire croichateau1re à une trahison. Qu'il parte en chasse à cheval aux trousses du prince en lançant des borborygmes, qu'il se batte comme un fou contre l'esprit de son général qui vient le hanter devant les yeux hallucinés de ses invités, qu'il gesticule comme un pantin sous une pluie de flêches, le Toshiro, les sourcils de guingois, donne une partition qui balaye tout sur son passage. La caméra d'AK est elle d'une virtuosité totale, dans ces longs travellings suivant les courses en cheval, dans ce travelling arrière lorsque Washizu, craignant une attaque, sort de son domaine pour aller à la rencontre du seigneur, dans cette scène finale époustouflante de montage où les flêches définissent le cadre. Les ellipses dans l'histoire - après la mort du seigneur, Washizu se retrouve automatiquement à la tête du château, ce que nous révèle une subtile scène où ses hommes regardent du haut d'une tour leur ancien domaine - permettent de se concentrer uniquement sur les instants les plus dramatiques de l'histoire; un récit danschateau4 lequel la poésie n'est jamais absente à l'image de cette forêt en marche dans la séquence finale et qui sonnera le glas de Washizu (y'a po à dire, c'est autre chose que Le Seigneur des Anneaux avec ses effets pyrotechniques plats....). Possédé, dément, fou furieux, Toshiro Mifune vous colle dans votre fauteuil - j'osais à peine avancer ma main pour me saisir d'une Suntory qui tiédissait gentiment sur la table du salon, c'est dire.

Bon, ok, vous avez rien compris à mon résumé qui part un peu dans tous les sens: en tout cas, jetez-vous dans cette toile, captivante de bout en bout (il doit s'agir d'un jeu de mot).

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