18751964A force d'être remarquable, Gilbert Melki devra bien un jour être classé sur ce blog dans la catégorie des grands acteurs français. A lui seul, il fait apprécier Très bien, Merci, petit film qui, sans sa présence, n'aurait été que banal. Il fait partie de ces très rares comédiens devant lesquels on s'assied uniquement pour les voir évoluer. Il peut être dans n'importe quelle bouse, il donne toujours le plaisir d'observer un jeu simple, intérieur, limpide, drôle.

Dans ce film, il joue le rôle d'un petit comptable qui, après une injustice policière banale, se trouve emberlificoté dans une spirale kafkaïenne, d'hôpital psychiatrique en commissariat. La caméra de Cuau tourne autour de son jeu, guette le moindre signe qui pourrait donner la preuve de la folie de cet homme quelco18751967nque, et la grande qualité du film est de ne pas donner de réponses à nos questions. On ne saura pas si Melki est vraiment maniaco-dépressif, et le discours rebattu sur "c'est pas les fous qui sont fous, c'est le monde contemporain", est assez discret pour passer la rampe. Melki, toujours sur le fil ténu entre quotidien sclérosant et fantaisie, est puissamment inventif dans son jeu. Kiberlain, pourtant aussi crédible en chauffeur de taxi que moi en Conan le Barbare, s'en tire pas mal aussi, dans ses brusques accès d'énervement, dans sa mollesse face à la détresse de son mari, dans son manque total de prise de position franche.

Malheureusement, la mise en scène de Cuau est un peu plate, tristoune, voire austère. C'est bien joli d'écrire un scénario assez juste sur la démence profonde du monde du travail et des relations humaines, mais il eût fallu aussi le 18751965soutenir par une réalisation un peu plus tenue. Ici, à part quelques exceptions bienvenues (le dernier plan, glaçant tableau d'un hall d'entreprise dévorant ; quelques plans qui s'attardent un peu trop longtemps pour être honnêtes sur un barman, sur un copain gêné ; des scènes de métro étouffantes...), l'image est assez laide, et la caméra dépourvue de regard. Le film repose entièrement sur les comédiens et sa réalisatrice démissionne un peu devant leur talent. Aucune démonstration, cela dit, ne vient alourdir le sujet, subtilement traité malgré son aspect frontal. Amer, dirais-je...