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Quoi de plus évident que de voir le grand Orson adapter Don Quichotte ? Le roman de Cervantès semble en effet le sujet idéal pour LE cinéaste de l’imagination, celui qui déclarait (de mémoire) : « What you see is what you get » quand des étudiants lui demandaient d’où lui venait son génie visuel (c’est dans un vieux et passionnant numéro de l’Avant-Scène consacré à Touch of Evil, mais impossible de remettre la main dessus). Don Quichotte obtient lui aussi concrètement ce qu’il voit : il lui suffit de nommer les choses pour qu’elles s’adaptent à son imagination débordante. Avec Don Quichotte, Welles semblait bien avoir trouvé sa pierre de touche.

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On se précipite donc avec joie vers ce film, tout en sachant qu’il ne fut jamais achevé par le maître... et au bout d’environ un quart d'heure, on se rend compte qu’il s’agit d’un attrappe-couillon. Difficile de croire que l’équipe de rénovation de ce film ait respecté de quelque façon que ce soit l’esprit de Welles. Montage inregardable (Welles n’aurait jamais monté ses plans aussi rapidement, de façon aussi bâclée), doublage fantaisiste, ralentis sur certains plans qui étaient sûrement trop courts pour coller au texte, trahisons constantes au niveau du scénario et de la synchronisation son/images, inserts de plans qui sont apparemment plus des images de repérages que des plans du film envisagé... Le pauvre Orson doit se retourner dans sa tombe. Ces archives recollées à la va-vite auraient eu leur place dans un musée, certes, dans une expo consacrée au gars, mais leur habillage raté semble plus dû à l’appât du gain ou à la bête fascination collectionneuse qu'au pur cinéma. Le ponpon est remporté par cette brusque apparition du maestro lui-même dans la trame, qui parle de sa fascination pour le personnage de Quichotte et de sa vision de l'histoire. A croire que les gusses ont voulu mettre dans ce film tous les éléments qu'ils avaient pu glaner sur ce projet, il n'y manque que le plan de tournage et le numéro de portable de la scripte.

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Pourtant, quelques plans arrivent à restituer le projet initial : l’idée de plonger le personnage dans le monde contemporain est plutôt bien (Quichotte s’attaque aux scooters, les voitures traversent l'écran...), et certaines profondeurs de champs sont bien wellesiennes. Il y a quelques images très inspirées, ça et là : Quichotte couché au milieu des moutons qui bondissent au-dessus de lui, ou des séquences quasi-documentaires de procession religieuse ou de travail dans les champs (qui rappellent l’également arnaqueur It’s All True).

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On aurait mieux fait de laisser Welles reposer en paix, et de sortir un beau livre de photos de ce film, qui aurait sûrement été un autre chef-d’oeuvre. Parfois il faut se résoudre à l’aspect éphémère du cinéma...