18667280Voilà un jeune auteur chinois de la sixième génération dont chacun des films présente un grand intérêt: après le très sensible et réaliste Orphelin d'Anyang, le plus esthétisant et conceptuel Jour et Nuit sur les mines de charbon, il nous revient (à nouveau en co-production avec la France, ses films ne me semblant point malheureusement distribués en Chine, hum) avec ce Voiture de Luxe qui après une trame gentiment posée accélère soudainement à l'heure de jeu avec un retournement de situation digne de l'Everton-Manchester United de ce soir dans les quinze minutes suivantes (j'aurais bien rajouté une chronique "match de foot" mais mon comparse risque de faire la gueule, re-hum)

Yanhong (la très mimi et sémillante Yuan Tian que je découvre) accueille son père dans la petite bourgade de Wuhan, un peu plus de 7 millions d'habitants, petit joueur: on se croirait presque à Shanghai tant l'air est coloré d'une douce teinte jaunâtre ce qui rassure - architecturalement ça fleure le béton et les constructions perpétuelles, du bonheur, comme à la maison): exilé depuis 40 ans en basse campagne pour propos contre-révolutionnaires (c'est ce qui me pend au nez si je continue), il est à la recherche de son fils dont ils sont sans nouvelles depuis un an et que la mère mourante voudrait voir une dernière fois. Yanhong travaille dans un karaoke (si vous pensez qu'elle y chante, c'est que vous êtes bien naïf, ma foi) mais n'avoue rien à son père. Celui-ci se met immédiatement en quête de son fils avec l'aide d'un policier à la veille de la retraite et Wang Chao capte parfaitement l'ambiance de ces mégalopoles chinoises, filmant les gens à hauteur d'hommes dans une petite gargotte, sur un chantier ou dans des maisons-péniches sur les rives du fleuve. Le "petit copain" de sa fille (un gros, la trentaine bien tapée, sorti de prison il y a deux ans est qui est en fait le patron du Karaoke et en quelque sorte son "protecteur - il vient de la mettre enceinte d'ailleurs soit dit en passant) emmène le père en bagnole dans les rues de Wuhan: il fait le mariole en lui montrant les nouvelles constructions mais le vieux le calme rapidement en lui faisant étalage de sa culture à propos de la construction d'un temple ancien. Et ouais, petit. Faut pas prendre les gens de la campagne pour des blaireaux.

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Un soir, le père se rend au travail de sa fille pour lui annoncer une bonne  nouvelle  (il semblerait que le fils soit parti pour Shenzhen (village de plus 6 millions de nos amis chinois, je m'en lasse pas)) et rapidement -magnifique plan en plongée sur le petit homme lors de son arrivée dans l'antre du vice- il prend conscience que sa fille ne passe pas ses nuits à tricoter des chaussettes. Tout en dignité, il ne dit mot, mais son regard perdu en dit long sur ce qu'il pense de la vie urbaine moderne. Il se fait toutefois une fête d'inviter le policier, Yanhong et son petit copain au resto pour célébrer cette nouvelle; malheureusement l'ambiance est tendue comme un slip thaï car le protecteur vient d'avouer à Yanhong qu'il était responsable de la mort de son frère lors d'un coup fourré un an plus tôt (oui, le père est sur une fausse piste), quant au policier, il reconnaît en ce caïd, l'ancien petit malfrat qu'il a arrêté. En cinq minutes, il y aura gros de grabuge lors de réglements de compte violents - policier: dead, caïd: dead, ce qu'on appelle communément ici "perte de face totale". Notre histoire se termine dans une tristesse absolue pour la jeune Yanhong qui rentre dans le village de son père et, assise sur la balançoire de son enfance - une scène d'une grande sensiblité et pudeur -, elle fera comprendre à son père que sa quête est inutile. Je vous passe l'enterrement dans la foulée de sa mère - et la naissance de son enfant dans la douleur - sinon vous allez tous chialer.

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Grande cité corruptrice, campagne redemptrice,  tradition engloutie sous les paillettes et la violence dégoulinantes de ces villes à visage non-humain, Wang Chao avec une grande économie de moyen dresse un bilan peu reluisant de cette Chine en pleine "expansion": aucune sévérité, juste une réalité que rien ne semble plus pouvoir arrêter.