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Voilà pour moi ce qui constitue le film parfait que je pourrais revoir en boucle. Tout d'abord, parce qu'il y a Gene Tierney (en tableau), Gene Tierney (morte) et Gene Tierney (vivante). Bon ça c'est fait: il s'agit de la plus belle actrice du monde et qui me contredirait sur ce fait ne franchirait jamais le seuil de cet appart sans s'essuyer au préalable les pieds. Ensuite parce qu'il s'agit d'un scénario de folaille comme on aimerait en voir plus souvent. Enfin, sinon j'y suis jusqu'à demain, parce que Preminger n'est pas un manchot et qu'au niveau de l'image, du rythme, de la mise en scène, de la direction d'acteurs... (Clifton Webb est parfait, Vincent Price tient bien son rang...) tout est aux petits oignons.

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Tout gravite autour de la Gene que ce soient les hommes qui tombent tous comme des mouches sous son charme mystérieux et son minois sublissimissable (et encore) ou même sa servante qui se damnerait pour elle. Son "apparition" dans le récit est différée - et à chaque fois, on reste sur les nerfs en attendant son arrivée - puis sa "réapparition" se fait comme dans un rêve et le regard éberlué du commissaire qui la voit débarquer chez elle alors qu'il somnole en ayant installé son camp dans son appartement vaut tous les trésors. En plus quelle grande idée que de faire tomber amoureux d'elle le-dit commissaire, uniquement sur le tableau qu'il contemple, sans jamais l'avoir croisée, et on se dit que l'amour tient vraiment parfois à rien (c'est un point commun que je partage avec notre enquêteur, le fait d'être amoureux d'elle, bien que je sache pertinemment qu'elle est bel et bien morte et qu'il y a peu de chances qu'elle revienne cette fois-ci - mais sait-on jamais, un soir de loose, son ombre pourrait surgir dans un bar sombre de Shanghai (ben ouais, elle était dans (le piètre) Shanghai Gesture de Sternberg, vous croyez que je suis venu ici pour le plaisir?)). Gene Tierney déchire la pellicule à chacune de ses entrées, dans des tenues qui frôlent le défilé de mode (et encore la Fox a coupé deux trois scènes à un bal ou chez le coiffeur - on était en temps de guerre, ça faisait po sérieux pendant que d'autres mangeaient du sable en Normandie) mais en dehors de cette plastique irréprochable, il y a toujours dans son regard, dans ses intonations, dans ses postures, un petit quelque chose d'indéfinissable qui me laisse à chaque fois pantois. Les dialogues sont au diapason, chaque tirade jouée à la mitraillette par Webb, est d'une subtilité drôlissime et vous remarquerez que je n'ose parler plus d'un soupçon de l'intrigue comme si le film planait de bout en bout dans une autre stratosphère.

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Bon, on m'appelle pour l'apéro ce qui me semble digne vu l'heure, disons simplement pour conclure que ce film que j'avais eu le bonheur de découvrir en salle dans ma prime jeunesse (je me rappelle m'être agenouillé pendant tout le film ce qui n'est jamais évident avec ces foutus strapontins qui laissent 22 centimètres d'espace entre chaque rang) est toujours resté au firmament de mes souvenirs cinéphiliques. Laura, une aura jamais égalée.   (Shang - 18/04/07)


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Mmmmm, je vais me faire engueuler... Je vais recevoir des tombereaux d'insultes de la part des plus classiques de nos commentateurs. Voire une provocation en duel de mon Shang, puisque vous me voyez dans le plus grand désarroi : je n'aime pas, n'ai jamais aimé, et, je pense, n'aimerai jamais vraiment Laura. C'est dit. Ben oui, et j'en profite pour ajouter que Preminger me laisse souvent froid. Je reconnais le style assez discret, je suis prêt à apprécier ce classicisme, cette attention à tous les postes de production, cette direction d'acteurs délicate ; j'apprécie comme mon camarade la plastique incontournable de Gene Tierney (bien qu'amoureux d'actrices moins parfaites la plupart du temps) ; je plussoie sur le jeu assez marrant de Dana Andrews, le flic parfait, sans pitié, sans pincettes, cash et pourtant secrètement tourmenté par sa passion ; je suis même à deux doigts de goûter aussi ce scénario, très dans les normes du genre. Mais, voilà : je trouve le film infiniment bavard, bourré jusqu'au bord de dialogues explicatifs, d'explications psychologiques. Preminger est incapable de montrer les choses autrement que par les mots, et échoue à trouver des idées cinématographiques pour s'exprimer. Le film a des accointances avec le Vertigo d'Hitchcock (l'amour d'un homme pour une morte), mais comparez les deux fims : 15 lignes de dialogues chez Bouddha, 47 pages chez Preminger.

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Laura est un film qui n'a pas de force visuelle, qui n'a de mise en scène que fonctionnelle (le ton monte, je vais me faire engueuler...), qui sur-explique tous les petits agissements de ses personnages, les renvoyant à une mécanique froide, les enfermant dans des stéréotypes fatigants : Clifton Webb, bien que portant un caractère intéressant, est dans une caricature d'aristocrate ; Vincent Price, plus intrigant parce qu'un peu plus complexe dans ses rapports avec Laura, a du mal à trouver l'épaisseur de son rôle. Quant à Gene, elle est belle, oui, mais son personnage n'est qu'une esquisse. Si au niveau esthétique, on est bien dans ses pantoufles dans le genre noir (photo impeccable, ambiances torves sous une apparence lisse), le film s'avère trop esclave de celui-ci, et enferme tout ça dans un procédé classique qui ne lui permet pas de complexifier les situations. Tout y est pour faire un grand film, et pourtant Preminger a peur de son public, ou en tout cas ne lui fait pas confiance, et lui explique tout, là où la subtilité aurait été de mise. Inutile de dire "vous êtes amoureux d'une morte" ; on l'aurait bien compris nous-mêmes. Inutile aussi, ce final mélodramatique très appuyé, on avait saisi les arcanes de cette jolie trame sans qu'on nous en souligne tous les tenants et aboutissants. Bon, ok, j'exagère un peu, j'aime bien démonter les statues : c'est pas mal si on aime le vieux Bourbon. Etant plus tequila, je laisse la main à Shang sur ce coup-là : Laura me laisse à peu près indifférent (voir photo qui suit).   (Gols - 17/01/19)

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