Ben oui, on est à une semaine du premier tour ici, et il serait peut-être temps que je sorte du rang des18368732 indécis. Je sais, j'ai déjà dit ça à propos du film de Karel, Poison d'Avril, mais n'empêche : Violence des Echanges en Milieu tempéré (quel beau titre, quand même) est encore une fois la preuve que Sarko et son cortège de réformes économiques ne sont peut-être pas la réponse idéale à notre triste existence.

Jérémie Rénier, plus que très bon, joue un petit mec dont le premier poste, au sein d'un cabinet de consulting, est de préparer un plan de restructuration d'une entreprise de province en pleine "croissance" économique. La motivation du début (le gars est plein d'ambition carriériste) laisse petit à petit place aux doutes quant aux bien-fondés de sa mission, puisque l'essentiel de celle-ci consiste à licensier de pauvres employés qui ne demandaient rien à personne. Les pressions de son chef (Laurent Lucas, que j'aime toujours plus) viendront à bout de ces doutes, et notre petit gars rentrera vite dans le rang des jeunes loups de l'économie mondialiste.

Le film est malheureusement beaucoup trop caricatural. Si Moutout a le 18368738mérite remarquable de parler de globalisation d'un point de vue original (car vue du côté de ceux qui font la misère, les grands patrons, les cabinets d'étude, les jeunes issus des écoles de commerce), il a un peu de mal à traiter le sujet autrement que par un manichéisme gênant. Certes, le personnage de Rénier est assez complexe et nuancé, mais ses scènes de confrontation avec les employés de cette entreprise manquent de subtilité. Elles sont un peu d'un bloc, et du coup la trame devient un peu trop lisible, les rails finissent par se voir. La finesse fait défaut dans ses dialogues avec le cantinier arabe rebelle, avec le chef d'atelier18368737 qui voit venir les licenciements, avec les employés qui défilent dans son bureau. Heureusement, Moutout sait jalonner son film de scènes plus subtiles, quand Rénier refuse de dénoncer une cuisinière qui pique dans la caisse, quand il engueule un type qui pelote une fille dans le métro. Le jeu de Rénier, qui évolue parfaitement au cours du film (de jeune fou découvrant Paris à ambitieux sans scrupule), parvient tout de même à rendre le film vraiment intéressant.

18368742Moutout aurait pu aussi se passer de ces scènes annexes de rapports amoureux entre son "héros" et une jeune femme qui ne comprend pas ses motivations. Les séquences de balade à la montagne laissent rêveur par leur naïveté, et les scènes intimes sont beaucoup trop écrites pour apporter quoi que ce soit de plus au scénario. On aurait compris sans ça ce que le personnage a d'odieux malgré lui.

Reste que le film est assez original dans son maniement d'un sujet politique brûlant. Les décors très soignés (tout en bleus et gris glacés) et une mise en scène sobre ajoutent au côté desespéré de l'ensemble. Bon moment.