Après le Canada (49ème parallèle pour ceux qui suivent), l'Ecosse, dans cette grande romance Powell-pressburgienne. Bon il vaut mieux avoir une grande âme romantique (ce qui n'est guère mon cas, admets-je) pour se laisser emporter par ces grands vents qui soufflent tout là-haut, mais admettons malgré tout qu'il y a un certain charme dans cet amour contrarié qui finit mieux qu'il n'avait commencé.

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Dieu sait que depuis toute petite Joan Webster (Wendy Hiller, pas vraiment envoutante si je peux me permettre) est têtue comme une vieille mule. Elle se lance dans un grand voyage pour aller sur l'île de Kiloran sur laquelle l'attend son richissime époux. Seulement les Dieux gaëliques en ont décidé autrement, la brume puis le vent l'empêchent de rejoindre son promis à quelques encablures... V'la-t-y pas qu'elle croise l'héritier du château de Kiloran, et malgré une sourde mais obstinée résistance pour ne pas tomber dans ses bras, elle craquera au son des cornemuses.

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P&P parviennent à capter tout le charme d'une Ecosse ancestrale: du gaëlique locale, aux coutumes (bon le kilt, ça se discute po), en passant par les danses (du breton en plus violent), les chants (les Cranberries en moins chiant), les donjons hantés et les vieilles légendes, tout y passe jusque dans ces figures locales (mention spéciales pour Pamela Brown en Catriona Potts; ou encore un dresseur d'aigle bougon) au caractère bien trempé. Le rythme est agréablement soutenu, P&P n'étant point avares des changements d'axe de caméra, et la musique comme dans la plupart de leurs oeuvres est particulièrement soignée et enlevée (à moins que ce soit le vent). On frémit lorsque Joan décide de braver la tempête et cet énorme tourbillon qui gronde est à deux doigts d'engloutir tout le monde... Elle y perdra sa robe de mariée, encore un bon tour des esprits ("Elle servira pour une sirène" déconne Torquil, l'héritier, qui partage un air de ressemblance avec le prince Charles qui ne le rend point, de premier abord, sympathique, bref), scène ô combien prémonitoire. L'héritier qui entre dans le donjon interdit subira la malediction ancestrale et n'en ressortira qu'"enchainé à vie" à la Joan. Une vision du mariage point forcément optimiste... Mais romantique donc, la boucle est bouclée.