cri_cov_1_Peut-être moins démonstratif et pompier que Babel, mais sûrement plus péchu, A Travers le Miroir (Through a Glass Darkly en anglais) nous renvoit une image bien sombre de ce que nous sommes, pauvres humains qui aspirons à la compréhension et à être compris mais qui restons définitivement face à nos angoisses.

Très peu d'échapatoires sur cet île où se retrouvent un père écrivain face aux affres de la création, une jeune fille, Karin (impressionnante Harriet Andersson) très perturbée psychologiquement ainsi que son mari, bonne pâte, et son jeune frère qui montre les premiers signes de l'éveil du désir et de l'expression littéraire. Chacun tente de jouer le jeu, de faire comme si tout allait bien, mais rapidement les nuages s'amoncellent au propre et au figuré et chacun fera face à ses propres démons. Karin, malgré l'amour des siens, semble avant tout pâtir de l'aveuglement de son père qui se réfugie dans l'écriture - celui-ci prend même des notes malgré lui sur l'évolution de sa maladie mentale (comme s'il pouvait s'agir d'une source d'inspiration) - et lorsqu'elle tombera sur son carnet, elle replongera dans sa folie: elle s'enferme dans un monde parallèle à la recherche de Dieu, qui finit par lui apparaître sous la forme d'une araignée, comme s'il s'agissait de sa propre projection mentale, définitivement passée du côté noir de la Force... Son frère - qui met en scène au début du film une petite pièce du théâtre où un aspirant artiste refuse de faire le sacrifice de sa vie pour une créature sublime (=son art, hein, on peut dire), comme un miroir inversé qu'il tente de renvoyer à son père- risque de suivre la même pente et d'encourir les mêmes troubles si ce père continue de vivre dans son propre monde; le discours de ce dernier à son fils (qui finira par s'exclamer "il m'a parlé!"), à la fin du film, peut être porteur d'espoir puisqu'il rétablit la communication tout en portant sur la seule chose dans laquelle le père dit que l'on peut trouver un quelconque réconfort: il s'agit ni de la création, ni de Dieu, ou plus précisément peut-être "Dieu" si celui-ci est synonyme d'amour; un amour (celui de son mari, qui l'aime de toute son âme sans vraiment parvenir à la comprendre, de son frère...) qui cela dit, n'a pas suffi pour la faire sortir de son cauchemar dans lequel elle a fini par s'enfermer. Machines complexes que nous sommes, diable.

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Sublime noir et blanc du maître Nykvist qui sait jouer parfaitement des jeux de lumière et d'ombre, des acteurs toujours sur le fil, des plans d'ensemble magnifiques et signifiants (de l'ouverture avec ces images de mer calme et mouvante qui semblent cacher en profondeur un univers plus sombre, à ces plans sur la jetée qui, tendue vers la mer, semble aboutir sur un infini de doutes), un film qui n'en finit point de nous poser des questions sur nos aspirations et nos troubles.    (Shang - 12/03/07)

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Chez Bergman, messieurs-dames, on parle de la mort en écoutant les suites pour violocelle de Bach, onimage discute inspiration littéraire et métaphysique en tirant la gueule, et on s'insulte sans jamais élever la voix. On est dans la classe nordique, quoi, même si ces "tics" formels finissent par devenir plus rigolos qu'autre chose. C'est la limite de Bergman : ses films, d'une sublime intelligence, paraissent parfois, dans leurs baisses d'inspiration, d'un ridicule achevé.

A Travers le Miroir n'évite pas toujours ces pièges. Malgré la mise en scène excellente du gars, pointée par mon collègue, malgré ce noir et blanc splendides, malgré ces quelques plans magnifiques sur une Harriett Andersson filmée en plan large dans tout l'espace d'une piècimage2e, malgré les décors puissants (un vieux bateau qui se remplit d'eau, une île loin de tout), le film a vraiment vieilli dans ses poses d'intello sépulcral, et dans ses dialogues catho-freudiens assez indigestes. C'est peut-être que je suis pas en verve aujourd'hui, mais Andersson qui attend que Dieu sorte du placard de la salle à manger m'a semblée un peu trop, et les dialogues d'outre-tombe entre le fils et le père légers comme une choucroute de la semaine dernière. Alors bon, c'est Bergman, on sait que ça va pas être du Bigard, je veux bien. Mais l'alternance des ambiances qu'il avait atteinte avec ses autres films "insulaires" (Monika ou Jeux d'été) est totalementimage3 absente ici. Il ne reste qu'un pensum mortifère et emphatique, alors qu'on sait le Ingmar capable d'inspirations beaucoup plus solaires. On se console en regardant les ciels, toujours aussi splendides, les contre-jours sensuels et les plans d'ensemble vastes. Pas assez pour ranger A Travers le Miroir dans les grands Bergman.   (Gols - 07/ 04 / 07)

l'odyssée bergmaneuse est là