500_1Bon, autant le dire tout de suite : La Religieuse dure 2h13, et la première heure est difficile à avaler. La rigueur de la mise en scène, pour le coup franchement austère, alliée à un scénario très écrit, théâtral, et finalement assez chiant pour qui n'est pas très attaché aux tourments de la foi et aux doutes religieux, assomme très nettement le spectateur innocent. Cette première heure est aussi sexy que la table des matières d'un essai de Fénelon, et on sent son doigt s'approcher dangereusement du bouton stop de la télécommande. D'autant que Anna Karina peine à convaincre, et ne dégage souvent rien du tout. J'en profite pour faire un coming-out anti-Karina : je lui reconnais toute la photogénie qu'on veut, mais je trouve que dans la plupart de ses films, elle semble ne pas comprendre ce qu'elle joue (remarquez, elle joue avec Godard, aussi, faut l'excuser). Ici, elle semble souvent simplement posée sur les scotchs, et récite son texte certes avec application mais sans conviction, et sans passion. Face à elle, les autres acteurs aussi peinent à faire passer ce texte de Diderot infiniment daté et précieux. Bref, on s'attend au pire, et on fin1718it par croire que la réputation de ce film mythique est plus due à ses déboires avec la censure qu'à son réel talent.

Et puis, subitement, le film se trouble, devient plus moderne, plus profond. Que ce soit dans les scènes très violentes de l'exorcisme de la Karina, ou dans celles de son arrivée dans un couvent très joyeux (on ne s'ennuie pas chez les bonnes soeurs d'Arpajon, on joue des bluettes au clavecin, on se fait des propositions dans les buissons...), le film devient enfin un peu plus signé, et on commence à déceler la charge anti-cléricale que Rivette veut y mettre. La musique contemporaine très étrange (avec des résonnances japonaises, tiens), le travail sur les sons extérieurs très joli (le reste du son est à la limite de l'inaudible, Diderot doit labourer le cimetière), et une mise en scène qui se déploie dans des décors un peu moins sclérosants, tout ça contribue à ouvrir La Religieuse vers une vision de la vie certes très noire, maisreligieuse_Large plus sensible, plus attentive.

Du coup, le sujet du film prend de l'ampleur : on n'est plus seulement dans la sincérité de la foi opposée aux règles austères de l'Eglise ; on en vient à parler de sensualité, de doute par rapport à une identité féminine, de philosophie chrétienne plus que de religion. Rivette s'assouplit un peu. On n'atteint pas encore la luminosité d'une Thérèse, ou l'intelligence de fond d'un Sous le soleil de Satan, mais on suit le truc avec plus de plaisir, en y trouvant même matière à suspense.

Bon, au bout des 2h13, on est quand même soulagé, et on rêve d'un bon vieux Bruce Willis. Mais bon, qu'est-ce que vous voulez, La Religieuse, ça fait partie de la culture, et on y trouve en fin de compte une certaine satisfaction. Purement intellectuelle.