B00000IYRADeuxième partie en forme de Full Metal Jacket nippon (allez, ça mange pas de pain) puisque Kaji se retrouve essentiellement dans des camps d'entraînement. Toujours aussi effronté par rapport à ces supérieurs, toujours aussi défenseur des plus faibles, toujours aussi sceptique vis à vis de l'utilité de cette guerre, Kobayashi continue son bonhomme de chemin avec ce pamphlet profondément antimilitariste.

Ca commence avec une magistrale tournée de baffes données aux recrues punies d'avoir laissé tomber un mégot dans un récipient d'eau, pour finir par une déroute totale face aux Russes, le peu de soldats japonais encore en vie devenant à moitié fou. Dans une première partie, Kaji fait les frais de son image de "communiste" et subit les pires brimades de ses supérieurs. On a droit à toutes les conneries de l'entraînement militaire et toutes les punitions (342 km de marche, pompes pendant 1 heure, gardes de nuit à -32, corvées de chiottes... et j'en passe, le B.A. ba quoi).  Mais, bon soldat, il tient son rang et tente de protéger un binoclard que les anciens du régiment ne cessent de brimer. On sent dès le début que celui-ci finira par se suicider et ça ne manque point dans une scène non-exempte d'ironie (après avoir échoué deux fois dans sa tentative, il se dit que c'est un coup du destin, renonce, et là le coup part... trop bête). Kaji voudra régler ses comptes avec celui qu'il rend responsable de ce gachis, et ils finiront tous les deux complètement embourbés dans un marais, comme si cette guerre n'en finissait jamais d'engloutir le peu d'humanité qui restait à ses aspirants soldats. Après une brève pause dans un hôpital où il flirtera avec une infirmière très mimi, boum, - seconde partie - il repart sur le terrain et se voit chargé de l'entraînement des toutes nouvelles recrues: il se fera fort de chercher à nouveau à les protèger - quitte à morfler grave et à payer de sa personne (on assiste à un bouffage de pantoufle saignant), des soldats plus expérimentés qui passent leur temps à essayer de les humilier (ben ouais, l'armée, c'est ça l'esprit). Le discours de Kaji est clairement positionné, il vaut mieux penser à sa famille qu'à la patrie car tout sacrifice personnel pour cette guerre qu'il juge "absurde" lui semble totalement "inutile" (ou vice versa). Pas vraiment l'esprit du kamikaze, le Kaji. Dans les 20 dernières minutes nous voilà enfin au front et les Japs se prennent une méga-pilée face aux chars russkov qui les laminent vegra. Scène de panique, crise d'épilepsie, commandement anéanti d'entrée de jeu, c'est une débâcle dans les règles.

Toujours cadré de façon hallucinante avec ce procédé "Shochiku Grandscope" (c'est pour la frime) et cette image de 3 km de large qui reste impressionnante aussi bien dans les scènes d'intérieurs avec cet enchevêtrement de lits des bidasses que dans les extérieurs lors de cette avancée frontale d'une douzaine de tanks et ses explosions d'obus dans tous les coins. L'autre instant de répit pour notre héros a lieu au début du film lorsque sa femme vient lui faire une visite et qu'ils ont droit à une unique nuit ensemble. Kaji demande à sa femme de s'approcher nue de la fenêtre pour qu'il garde à jamais en lui l'image de la perfection du corps de sa tendre et douce. Filmé surtout en contre-champ (pudique quoi), on plonge dans le regard de Kaji qui semble vivre les 3 secondes les plus intenses de sa vie. Joliment fait. Tel que c'est parti, l'ultime opus, avec un Kaji qui délire déjà, risque de nous plonger dans un marasme psychologique total.