Bien qu'il soit un peu dommage que Bergman, ces dernières années, soit tombé dans un style un peu tropapr021 mortifère, il faut reconnaître que Après la Répétition est tout de même assez lumineux, au milieu de ces réflexions austères sur le théâtre et la vie.

Le dispositif est radical : un plateau de théâtre, 3 comédiens en tout et pour tout, et du dialogue, du dialogue et encore du dialogue. Seulement, quand c'est signé Bergman, cet aspect spartiate est transcendé par une intelligence filmique sans égale. D'accord, ce sont des procédés déjà connus, ces champs/contre-champs parfaits, ces brusques aapr142pparitions de plans d'ensemble (la scène étant filmée du point de vue d'un spectateur de théâtre), ces transformations subtiles des personnages en enfants, cette sécheresse de style qui rompt avec la richesse des dialogues. Mais chez le bon Ingmar, ces techniques vieilles comme le monde sont utilisées toujours avec une maîtrise parfaite qui va complètement dans le sens de son propos : les champs/contre-champs sont donc très attentifs aux acteurs, très bons, dont le moindre soupir, le moindre sourire est traqué par le montage tout en émotio de ces plans a priori banals ; les plans d'ensemble amènent sans esbrouffe apr008une mise en abîme bienvenue (le théâtre dans le théâtre dans le cinéma, complexe) ; les enfants sont utilisés avec parcimonie, Bergman se payant même le luxe d'un plan très compliqué sur une jeune actrice qui sort du champ pour revenir en petite fille, puis à nouveau en comédienne, tout ça sans coupe ; la sécheresse de style sert parfaitement ce fond très sombre sur la perte des idéaux de la jeunesse, les rapports entre la vérité d'un rôle et la gloire de son interprète, les amours piétinées, les rapports ambigüs entre un metteur en scène et ses actrices, et la perte d'identité du métier théâtral.

apr014Alors bien sûr, ce n'est pas tout à fait la fête à la saucisse de Morteaux. Après la Répétition contient peu d'hélicoptères qui explosent ou de gags hilarants. C'est un cinéma d'un autre âge, assummé comme tel, un cinéma de vieil homme qui s'intéresse à l'humain, et à la grandeur désuète de l'Art du jeu. Mais si on accepte que le cinéma, de temps en temps, se repose un peu, on ne peut qu'être séduit par cette déclaration d'amour morbide mais sereine aux actrices. La voix off, montée très audacieusement sur les dialogues en train de se dire, finit de convaincre que ce film est beaucoup plus complexe que ce qu'il veut bien nous montrer. Et la longue conversation finale, où un vieil homme et une jeune fille fantament l'idylle qu'ils n'ont jamais eue, amène un peu de lumière dans cet essai qui reste assez angoissant et difficile.

l'odyssée bergmaneuse est là